lundi 20 février 2017

Nérée Beauchemin et Rodolphe Duguay, ou la lumière des gens et choses simples de chez nous

Le poète Nérée Beauchemin et le peintre Rodolphe Duguay

En décembre 2015, ces Glanures vous présentaient Nérée Beauchemin, «chantre de l'intime patrie», l'un des poètes les plus touchants et les plus authentiques de ce qu'on appelait de son temps la littérature «canadienne-française», et aujourd'hui «québécoise». Cette Glanure a été l'une des plus appréciées du public lecteur, comme en ont témoigné les nombreux messages que nous avons reçus, et ce, sans doute parce que l'oeuvre de Beauchemin se situe au plus près de nous, descendants de la Nouvelle-France. 


Nous avons trouvé depuis de très beaux et éclairants écrits de l'abbé Albert Tessier au sujet de Nérée Beauchemin. L'abbé Tessier est en lui-même un personnage fort intéressant, ne serait-ce que parce qu'il a été l'un des pionniers du cinéma québécois, comme on peut le constater ICI, et ce, sans mentionner ses oeuvres sur notre histoire nationale, de même que le fait que c'est lui qui a baptisé «Mauricie» le coin de pays qui longe la rivière Saint-Maurice, de Trois-Rivières jusque par-delà La Tuque. 

Le premier écrit de Tessier sur Beauchemin dont vous pouvez prendre connaissance dans la présente glanure est extrait des mémoires qu'il publia en 1975, l'année précédant son décès. Il y raconte comment il a fait redécouvrir la poésie de Nérée Beauchemin, qui était alors cachée dans les tiroirs du sympathique mais trop discret poète-médecin d'Yamachiche. C'est d'ailleurs l'abbé Tessier qui a financé l'édition du recueil Patrie intime, qui assura la renommée de Beauchemin. Pour tout dire, sans l'initiative de Tessier, on peut présumer sans trop se tromper que Nérée Beauchemin ne serait jamais sorti de l'oubli dans lequel il était confiné jusqu'alors. 

Nous avons pensé qu'il pourrait valoir la peine de mettre en relief le récit de ce qui aura été une belle aventure littéraire, sans laquelle il est fort probable que l'oeuvre de Beauchemin ne se serait pas rendue jusqu'à nous. Voici comme l'abbé Tessier raconte le tout : 

Un peu avant de mourir, l'abbé Gélinas m'avait demandé de rendre visite au poète oublié, Nérée Beauchemin : «Vous réussirez peut-être à le décider de publier un recueil de ses meilleures pièces. Des centaines de poèmes dorment dans ses tiroirs, et c'est bien dommage pour notre littérature...»

Dès le premier contact, sans préambule, j'exposai au docteur Beauchemin le voeu de son ami, l'abbé Gélinas, et j'exprimai le désir de jeter au coup d'oeil sur son trésor caché. Le procédé était peut-être cavalier, mais le docteur-poète ne s'en formalisa pas. Il se prêta gentiment à ma demande et il me lut quelques-uns de ses poèmes préférés. Quant à lancer un deuxième recueil, pas question : «J'ai publié mes Floraisons matutinales en 1897. J'en ai vendu à peine cinquante exemplaires. Je n'ai pas le goût ni les moyens de risquer un autre échec». Je n'insistai pas ; avant de le quitter, je lui demandai combien il lui restait d'exemplaires des Floraisons matutinales dans son grenier. 
Nérée Beauchemin discutant de son recueil Patrie intime avec l'abbé Albert Tessier
devant le porche de sa résidence de la rue Sainte-Anne, à Yamachiche, vers 1928.
(Photo parue dans Troisième centenaire trifluvien, édition 1934 de l'Almanach trifluvien, p. 158)
Je connaissais l'esprit ouvert du Secrétaire provincial, l'honorable Athanase David. Je savais aussi que Nérée Beauchemin n'était pas du bon côté en politique. Je rappelai au ministre libéral que son père L.-O. David et Nérée Beauchemin avaient participé ensemble à l'inauguration du monument au poète Crémazie. Je lui exposai mes projets et lui demandai d'acheter le reliquat de l'édition de 1897. Très chic, l'honorable Athanase David me fit remettre un chèque de $250 à l'ordre du docteur Beauchemin et me promit une commande de $500 pour le volume projeté. 

Quand je remis le chèque à Beauchemin, ses mains tremblaient d'émotion. Il me fut facile ensuite d'obtenir son adhésion. Je pouvais lui promettre qu'il ne perdrait pas un sou ; j'assumais tous les risques financiers. Lui, il recevrait tous les surplus des recettes... s'il y en avait ! 

Je me demandais dans quelle mesure le doux Beauchemin accueillerait des réserves ou même des critiques. Les poètes sont chatouilleux d'ordinaire. Comme Cyrano, souvent «leur sang se coagule» à la pensée qu'on puisse «changer une virgule» à leur texte. Il n'en fut pas de même avec Beauchemin. Il me remit ses poèmes, dactylographiés ou manuscrits ! Je ne connaissais rien aux lois de la littérature rimée. Il me fallait donc me fier à mon instinct pour établir un choix. À part quelques timides restrictions, Beauchemin accepta la sélection et l'agencement proposés. 

Patrie intime vit le jour en 1928. Le poète presque octogénaire y révélait une fraîcheur d'âme et une simplicité enfantines. Une dédicace exprime bellement son humilité et sa bienveillance : «Ô cher maître, ô saint ami, c'est par le miracle d'une divine amitié, et non par la magie des doctes muses, que les ailes closes se sont ouvertes, et que s'envole, et vole et vole, le coeur du vieil enfant que je suis». 

En juillet 1927, un artiste rencontré à Paris, le peintre nicolétain Rodolphe Duguay, était revenu au pays nicolétain après un séjour de sept années en Europe. Il y avait, entre lui et Beauchemin, une étonnante parenté d'âme. À la suggestion d'un ami, le Père Vincent Bélanger, franciscain, il fut convenu de les associer dans un hommage commun, au cours d'une cérémonie publique. On inventa pour la circonstance un Prix d'action intellectuelle par la poésie et la peinture, soit un tableau de Rodolphe Duguay à présenter à Nérée Beauchemin. 

La remise eut lieu le 11 novembre 1928 dans la salle de l'Hôtel de ville des Trois-Rivières. Un public de choix avait répondu à l'invitation. Nérée Beauchemin, tout menu et discret, laissait tomber l'avalanche de compliments qui s'abattait sur lui comme une averse de fleurs. Les Universités de Québec et de Montréal y allèrent de doctorats d'honneur. La voix onctueuse de Mgr Camille Roy et celle plus rugueuse du chanoine Émile Chartier chantèrent tour à tour la gloire de l'obscur poète. Monsieur le chanoine Antoine Camirand, de Nicolet, apporta le salut de l'Alma Mater du poète et de Duguay, Jean Bruchési, celui de la Société des Poètes. 

Sans dire mot à personne, de peur de faire chou blanc, j'avais adressé les deux volumes de Beauchemin aux académiciens René Bazin et Georges Goyau. La réponse de l'Académie arrivat en retard et faillit être renvoyée à la docte Assemblée avec mention : destinataire inconnu. Heureusement qu'un employé des douanes eut la bonne inspiration de me téléphoner avant de retourner le colis contenant la médaille d'or Richelieu, adressé simplement : Nérée Beauchemin, poète, Trois-Rivières.

Extrait de : Albert Tessier, Souvenirs en vrac, Montréal, Les Éditions du Boréal Express, 1975, p. 147-151. 


Puis nous avons déniché dans l'édition 1934 de l'Almanach trifluvien, consacrée au tricentenaire de Trois-Rivières, un autre écrit du même abbé Albert Tessier, alors qu'il était préfet des études au Séminaire Saint-Joseph. Dans ce texte lumineux que ces Glanures sont ravies de sortir de l'oubli en le publiant pour la première fois sur le Web, Tessier présente la parenté d'esprit et de valeurs qu'il a perçue entre le poète Nérée Beauchemin et le peintre et sculpteur Rodolphe Duguay, qu'il a également côtoyé et dont il s'efforça, tout comme il le fit pour Beauchemin, de faire connaître les oeuvres. Préparez-vous à passer un bon et beau moment de lecture : 

BEAUCHEMIN-DUGUAY 

par l'abbé Albert Tessier


«Pourquoi cette persistante pensée 
que Duguay est un autre Beauchemin 
mais broyant des couleurs ? » 
          - J.-Eugène Lapierre

Le nom de Rodolphe Duguay a été révélé pour la première fois au grand public le 11 novembre 1928, lors de l'apothéose faite à Nérée Beauchemin. À cette occasion, les admirateurs du poète octogénaire n'avaient pas trouvé, pour honorer sa vie harmonieuse, d'hommage qui parût plus expressif que l'offrande d'une toile de Rodolphe Duguay. 

Aujourd'hui, le témoignage pieux que le R. P. Gonzalve Poulin rend à la mémoire du chantre de la patrie intime se présente sous le même signe et il allie officiellement pour la deuxième fois, l'art de Duguay à celui de Beauchemin. La beauté sobre du bois gravé qui orne la page-couverture de cet ouvrage Nérée Beauchemin, par le R. P. Gonzalve Poulin, pages Trifluviennes, série B. No 5 — de même que la ferveur mystique du fusain qui nous révèle mieux qu'une longue dissertation l'âme inspirée du poète, montrent avec quelle plénitude émouvante ces deux personnages se rencontrent et s'harmonisent. 
La brochure du P. Gonzalve Poulin sur Nérée Beauchemin
avec une gravure de Rodolphe Duguay sur la couverture.
Pour moi, qui m'honore d'avoir connu assez intimement Nérée Beauchemin et de fréquenter régulièrement Rodolphe Duguay, cette association fraternelle revêt un sens profond et met en relief une parenté d'âme qui honore ces deux purs artistes. 

Rarement les deux hommes se sont touchés d'aussi près par les pointes supérieures de l'âme et ont présenté de plus frappantes affinités de goûts, de principes  de pensée, de façons de vivre. Une simple visite suffisait à révéler ces traits communs et à manifester chez ces deux hommes même simplicité de vie, même fraîcheur d'âme, même sincérité absolue, même souci de mesure et d'équilibre. Dans le salon clos d'Yamachiche, comme dans l'atelier-ermitage de Nicolet, flottait la même atmosphère recueillie, sereine, reposante ! 

Le salon de Beauchemin donnait l'impression d'une solitude claustrale. Dans la demi-clarté de la pièce, les propos tranquilles et nuancés du Maître troublaient à peine le silence, l'immobilité de l'air. On retenait d'instinct sa voix...
En haut, résidence de Nérée Beauchemin, à Yamachiche, années 1910 (photo
parue dans Troisième centenaire trifluvien, édition 1934 de l'Almanach trifluvien, p. 158)
En bas, la même maison en 2016 (photo : Daniel Laprès).
Avec des gestes retenus, à pas rapides et feutrés, le Maître allait d'un tiroir à un autre, en tirait des calepins, des liasses de feuilles, qu'il apportait et posait sur un coin de la grande table. Les mains pâles, souples malgré la vieillesse, tournaient les pages, déplaçaient les feuilles aux coins fatigués, triaient les pièces favorites. Et les poèmes défilaient...

Il fallait insister pour en obtenir la lecture. Avec une pudeur un peu craintive, le poète se dérobait. Ses hésitations n'avaient rien de ce qu'on appelle la modestie à crochet !  Il éprouvait une répugnance réelle à exhiber ses oeuvres, dont il s'exagérait les lacunes et les faiblesses. Lorsque nous nous risquions à commenter un passage, à souligner une trouvaille heureuse, sa figure s'illuminait d'une satisfaction où la vanité n'entrait pour rien. Notre appréciation, en le rassurant, lui apportait la joie de l'artiste qui peut se rendre le témoignage d'avoir exprimé un peu de l'émoi sacré que la beauté éveille en lui. Cette satisfaction mettait un éclair de bonheur enfantin dans ses yeux doux de vieillard. 

Il n'y avait chez lui ni pose, ni prétention, ni manie capillaire ou vestimentaire d'artiste ! Il était la simplicité même, dans ses habits comme dans ses manières. Un peu de timidité donnait à sa courtoisie un cachet archaïque cadrant on ne peut mieux avec le décor des meubles et des tentures du salon. Parfois je discutais certains passages de ses poèmes. Il s'animait un peu, exposait ses vues avec chaleur, mais sans entêtement. Ces discussions sont peut-être les souvenirs les plus nets que je garde de mes visites chez Beauchemin. Elles m'ont révélé tout ce qu'il y avait de pesé, de mûri, dans l'oeuvre de ce poète minutieux, et m'ont prouvé dans quelle mesure exceptionnelle ce vieillard était droit, équilibré, modeste. 
Plaque apposée sur la résidence de Nérée Beauchemin,
à Yamachiche, au coin des rues Sainte-Anne et Nérée-Beauchemin.
Ainsi, durant la préparation de son ouvrage Patrie intime, il a retranché des pièces auxquelles il tenait et sacrifié des strophes aimées, tout simplement parce que je lui en exprimais le désir et lui assurais, avec le candide aplomb des inexpérimentés, que ces coups de sarcloir amélioreraient son volume ! 

Toutes ces qualités composaient un ensemble touchant et mettaient autour de l'homme une atmosphère grave, épanouissante. 

Même impression auprès de Duguay. Son atelier, perché sur la berge de la paisible rivière Nicolet, s'abrite sous les arbres, et des vignes l'enveloppent comme pour l'isoler des bruits du dehors. La salle de travail, lumineuse, aérienne, s'orne de dessins, de toiles, de gravures, de fusains, de pastels. Il y en a sur les murs, sur les chevalets, dans les coins, partout !  La lumière y joue, avive des teintes, souligne des jeux d'ombre et de clarté, met de l'allégresse dans l'air, une allégresse calme, posée, pleine de mesure et d'équilibre. 
Rodolphe Duguay peignant un paysage de Mauricie.
(Photo parue dans Troisième centenaire trifluvien,
édition 1934 de l'Almanach trifluvien, p. 159)
Beauchemin a chanté dans ses vers les menues choses de l'existence. Il choisissait par système les sujets les plus simples, les moins frappants par eux-mêmes. «Le poète est un créateur», répétait-il souvent. «Il tire la Beauté de rien. Avec des sujets insignifiants en apparence il doit produire des oeuvres d'art».

Duguay obéit au même souci dans le choix des thèmes qui fixent son attention. Il s'applique à éliminer la surcharge, l'exceptionnel, le tourmenté. 

Dans cette sobriété sûre d'elle-même, l'art du peintre rejoint celui du poète. À Yamachiche j'écoutais, ravi, des vers paisibles aux sonorités reposantes où chantait dans la lumière l'âme simple des gens et des choses de chez nous. À Nicolet, je retrouve la même âme, saine, peu compliquée, transposée sur la toile par le jeu magique du pinceau ou du crayon. 

Le R. P. Gonzalve a mis en belle lumière l'influence du milieu sur l'âme et sur l'art de Beauchemin. On pourrait faire une démonstration semblable pour Duguay. 

Beauchemin avait écrit : 

          Mon rêve n'a jamais quitté 
          Le cloître obscur de la demeure
          Où, dans le devoir, j'ai goûté
          Toute la paix intérieure. 

Duguay pourrait lui aussi répéter la même affirmation. Fidèle à sa terre, à son foyer modeste, il l'est par toutes ses fibres. Même durant ses longues années d'études artistiques à Paris, l'emprise de la petite patrie intime s'exerçait en permanence sur son âme. Aux murs de son atelier on retrouvait des scènes canadiennes et, à voir la flamme qui dansait dans ses yeux en parlant du pays, on sentait que les paysages et les gens de chez nous continuaient d'enchanter ses visions d'artiste. 

Cette fidélité aux choses familiales joue sans doute un rôle prépondérant dans ces deux vies. Camille Jullian n'a-t-il pas écrit : «Être chez soi, près d'un foyer, sur une terre que l'on aime, à la vue des paysages qui caressent toute notre vie, voilà qui fait les poètes et voilà qui fait les savants». Et aussi les artistes. 

L'âme de Duguay, comme celle de Beauchemin, s'est épanouie dans l'enveloppement discret d'une nature calme, parmi des gens aux moeurs simples, à travers la trame d'une vie sans complications. Elle y a gagné une puissance tranquille, sûre d'elle-même, qui s'exprime dans des oeuvres sobres, équilibrées, dépouillées de toute surcharge, de tout maquillage. 

Le paysage nicolétain offre des particularités marquées. Il respire la sérénité et la mesure. Il y a quelque chose d'enveloppant dans cette succession de plaines calmes et de collines aux lignes adoucies, qui se développent dans une alternance harmonieuse, selon un rythme grave qui s'élève et invite au recueillement. La lumière joue librement dans ce paysage ordonné. Elle s'accroche aux bouquets d'arbres, aux sapins ramassés au ras du sol et au panache opulent des ormes qui déploient leurs feuillages dans l'air bleu. Elle flotte partout, aérienne et vibrante, même dans le creux des côteaux où elle sommeille mêlée d'ombre violacée. 

On peut dire que cette lumière subtile et impalpable a littéralement ensorcelé Duguay. Presque tout son art s'emploie à la saisir, à l'exprimer sur la toile. Le thème de ses divers tableaux n'est qu'un prétexte : c'est la lumière que ses pinceaux impatients essaient de capturer ! 

À cette poursuite, faite surtout de contemplation devant des paysages et des personnages aimés, Duguay s'est créé un état d'âme posé, grave, méditatif. Sans rien de concentré ni d'austère toutefois : il est la cordialité et la simplicité mêmes. Sa figure, ronde et jeune, est habituellement détendue et souriante. Une flamme, narquoise, joue dans les yeux clairs et droits. 

Il éprouve, à l'égal de Beauchemin, une répugnance invincible pour la publicité, pour la louange indiscrète, pour le tapage. Avant de le mettre en confiance, il faut l'assurer de notre sincérité. Les compliments ampoulés l'agacent et l'énervent. Sa timidité tourne à la brusquerie lorsque des visiteurs en veines d'amabilités l'accablent d'hommages. Vous le trouverez au contraire en pleine forme si vous analysez et critiquez les oeuvres qu'il vous montre, et si vous en signalez les lacunes et les faiblesses. Il devient alors expansif, émet des théories, précise ses formules d'art, exprime ses ambitions, ses rêves ! Pour lui, l'art n'a été qu'une longue et décevante poursuite. Il cherche depuis au-delà de vingt ans et ses meilleures réussites ne le satisfont pas parce qu'il juge tout en fonction de l'idéal inaccessible qu'il s'est fixé. 

Cette incertitude, ces sévérités excessives, mettent un autre point de contant (sic) entre Duguay et Beauchemin et elles nous amènent à ce qui uniformise et domine leur vie : le culte fervent, inquiet, respectueux, de la Beauté. Pas cette Beauté de surface, bâtie souvent de toutes pièces pour satisfaire les engouements passagers de la mode, mais cette Beauté profonde, inaltérable, qui se cache partout autour de nous, sous les gestes les plus humbles comme dans les moindres choses, et qui ne se laisse capter qu'à force de pureté d'âme, de sincérité et de méditation. 

[...] Par leur sagesse de vivre, par cette faculté de se faire de grandes joies avec des petites choses, Beauchemin et Duguay nous donnent aussi d'autres leçons plus modestes mais fort précieuses. Ils nous apprennent à puiser autour de nous les parcelles de bonheur, de beauté, que la vie met à notre portée. Ils ont demandé à leur existence modeste, à leur foyer, à leur région, tout ce qui fait leur force, leur noblesse et leur bonheur. Et les menues choses de la vie courante, que nous négligeons et méprisons, leur ont donné ce qu'il y a de plus grand et de plus noble ici-bas ! 

Extrait de : Troisième centenaire trifluvien, édition 1934 de l'Almanach trifluvien, p. 157-159. 


Pour découvrir l'oeuvre de Rodolphe Duguay, visitez ICI le site de sa maison et de son atelier.  Quant à Nérée Beauchemin, on peut encore se procurer son recueil Patrie intime sur commande dans toute bonne librairie. 
Tombe de Nérée Beauchemin, à l'entrée du cimetière d'Yamachiche.
(Photo : Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)