samedi 19 juin 2021

Narcisse Furois, l'élève qui aimait d'amour sa patrie



Récemment, ces Glanures vous ont présenté un dossier sur Ernest Roy, un élève du Petit séminaire de Québec et poète, qui est mort noyé accidentellement à Saint-Michel-de-Bellechasse, en août 1916, alors qu'il n'avait que 17 ans. Dans ce même dossier se trouve un extrait d'un volume paru en 1944, Les vendredis de l'oncle Gaspard, qui rappelle les succès scolaires du jeune Ernest, de même que les exploits académiques de son camarade de classe, Narcisse Furois. Les deux se trouvaient constamment en tête des examens et concours au Petit séminaire de Québec. Pour prendre connaissance de cette « glanure », qui, par l'extrait de « l'oncle Gaspard », permet notamment de mieux saisir la figure de Narcisse Furois dont il est fait état ci-dessous, cliquer sur cette image: 


Né en 1892 à La Durantaye, comté de Bellechasse, d'Hildevert Furois, cultivateur qui fut aussi maire du village, et d'Émilie Morisset, Narcisse Furois était doté de qualités intellectuelles admirées de tous ceux et celles qui l'ont côtoyé. Tout au long de son parcours académique, que ce soit à l'École normale, au Petit Séminaire de Québec où à la Faculté de Droit de l'Université Laval qu'il fréquenta durant deux ans, le jeune Furois était l'un des étudiants les plus appréciés de ses camarades et professeurs. Ceux-ci, pour encourager un élève studieux, avaient pris l'habitude de lui dire : « Vous avez l'étoffe d'un Furois ! »

Mais Narcisse Furois n'était pas qu'intellectuellement doué. Il était aussi bon et généreux, et pas prétentieux pour deux sous. On a en effet dit de lui que « son bon cœur, autant que son talent, restera proverbial ». À l'instar de son ami Ernest Roy, sa compagnie était recherchée de tous, et il était impliqué dans diverses associations patriotiques, littéraires et sociales. 

Narcisse Furois (1892-1919)

Mais, tout comme pour Ernest Roy, la vie de Narcisse devait prendre fin beaucoup trop prématurément et de manière tragique. Le 12 juillet 1919, soit trois ans après la mort d'Ernest, un banal accident d'automobile lui coûta la vie, la voiture dans laquelle il était passager ayant dérapé à l'approche de son village natal de La Durantaye, tout près de la voie ferrée. Il avait 26 ans. Cette perte fut lourdement ressentie par sa famille, certes, mais également par ses confrères d'études et ses professeurs. Il repose depuis dans le lot familial du cimetière de La Durantaye.

Mais le fils de cultivateur qu'était Narcisse Furois ne fut pas remarqué seulement pour sa vive intelligence et sa vaste culture : tout aussi remarquable était son amour pour la patrie de ses ancêtres, un amour nourri par une connaissance approfondie de l'histoire du peuple issu de Nouvelle-France. D'ailleurs, en 1915, il se vit décerner un prix d'Histoire du Canada par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. 

En 1916 parut un ouvrage fort célébré de l'abbé et historien Lionel Groulx, Les Rapaillages, qui expose plusieurs traits de la vie rurale que connurent la plupart de nos familles ancestrales. Le jeune Narcisse Furois lut avidement ce livre et en fut profondément ému. N'écoutant que son cœur, l'élève du Séminaire de Québec prit la plume et adressa à Lionel Groulx une lettre qui toucha celui-ci au point de l'inciter à en inclure quelques lignes dans ses Mémoires, qui paraîtront plus d'un demi-siècle plus tard. Voici l'extrait où Groulx mentionne la lettre du jeune Furois : 

Extrait du tome 1 des Mémoires de Lionel Groulx, p. 350.

(Cliquer sur l'image pour l'élargir)


Cette lettre de Narcisse Furois à Lionel Groulx n'a, à notre connaissance, jamais été publiée dans son intégralité. Cette lacune est désormais corrigée, puisque la voici, ci-dessous, exhumée des oubliettes et rendue accessible à nous, compatriotes de Narcisse Furois de qui un peu plus d'un siècle nous sépare. 

Nous avons certes pu voir ladite lettre furtivement mentionnée dans certains livres parus après la prétendue « révolution tranquille », sans toutefois qu'elle soit citée, ne fut-ce que brièvement, par des auteurs qui semblent avoir été effarouchés, sinon courroucés par le peu d'engouement dont Narcisse Furois y fait preuve envers les manies et dogmes du modernisme à tout crin qui, dès son époque, propageait ses méfaits et ravages, et qui, depuis maintenant un bon demi-siècle, est devenu lourdement hégémonique au Québec comme partout dans le monde. 

2020 : la modernité québécoise dans toute sa splendeur. Nul doute que Narcisse
Furois aurait été profondément d'accord avec le propos que, moins d'un an après
 sa mort, Henri d'Arles livrait dans une conférence à Montréal.

Les adeptes et zélateurs du modernisme qui seraient tentés de sourire ou de lever le nez sur les valeurs patriotiques et spirituelles auxquelles adhérait Narcisse Furois et dont est profondément imprégnée sa lettre à Lionel Groulx, auraient intérêt à méditer, s'ils le peuvent, les mots aussi percutants que bouleversants que, la veille de sa disparition en vol, Antoine de Saint-Exupéry écrivait à un ami général. On constatera ainsi que tant l'étudiant canadien-français brillant mais inconnu de 1916 que l'illustre écrivain français de 1944 étaient, chacun à sa façon, conscients du fait que la modernité, c'est surtout l'enlaidissement du monde, l'étouffement de la vie de l'esprit, l'éradication des identités et cultures nationales par l'uniformisation marchande, et qu'en tout cela elle est profondément détestable, et ce, quoiqu'en disent ses grands prêtres et ses masses de dévots indifférenciés. (Cliquer sur la photo de Saint-Exupéry pour lire son écrit ultime) : 




Enfin, il est impossible de ne pas constater la qualité, tout à fait stupéfiante aux yeux de notre temps, de l'écriture d'un tout jeune homme tel Narcisse Furois dans cette lettre dont certains passages sont émouvants de beauté. Ce fils de cultivateur, il est bon de se le rappeler, était un produit de nos séminaires et collèges d'une époque que, dans la foulée de la ci-haut mentionnée « révolution tranquille », plus d'un songe-creux et ignare, diplômé ou non, qualifie de « grande noirceur ». En tout cas, si nos écoles étatisées des années 2020, que d'aucuns célèbrent en se pétant les bretelles comme s'il s'agissait d'une « Merveille du monde », savaient produire ne serait-ce que quelques dizaines de Narcisse Furois, au lieu de produire 50 % d'analphabètes et beaucoup plus encore d'incultes par surcroît dénationalisés, nous n'aurions plus aucune raison de nous inquiéter pour l'avenir de la langue française au Québec, ni pour celui de notre nationalité. Or, de plus en plus de gens éclairés se rendent compte du risque bien réel de disparition qui pèse de nos jours sur le peuple issu de Nouvelle-France, et ce dans un avenir beaucoup plus proche que ce qui était concevable il n'y a encore pas si longtemps.

Puissent l'esprit, le génie et les valeurs de Narcisse Furois en toucher et inspirer plusieurs. Notre nationalité en a bien besoin, elle qui est pas mal malmenée par les temps qui courent, et ce, en bonne partie par notre propre faute...

Sous sa lettre à Lionel Groulx présentée ci-dessous se trouve également un dossier sur Narcisse Furois, de même que sur les circonstances de son décès tragique.


Lettre de Narcisse Furois 
à Lionel Groulx : 

Les Rapaillages, ouvrage de Lionel Groulx
et sujet de la lettre de Narcisse Furois à
l'auteur. Pour se procurer le livre en
librairie, cliquer ICI. Pour le télécharger
gratuitement, cliquer ICI.


Québec, le 11 décembre 1916

Monsieur l'abbé Lionel Groulx
Montréal.

Monsieur l'abbé, 

Peut-être qu'en avisant la modeste signature qui s'allonge au bas de ces feuillets, jugerez-vous de minime importance le témoignage d'un collégien inexpérimenté. Je ne prétends pas ajouter à votre réputation, déjà solidement établie (n'en déplaise à votre modestie), un nouveau titre à l'éloge de vos compatriotes. Je n'ai pas, du reste, l'autorité suffisante, humble blanc-bec que je suis, pour formuler un jugement définitif sur les savoureux Rapaillages

Quoi qu'il en soit, ― est-ce témérité de ma part ?  j'espère que vous saurez distinguer dans ce concert laudatif qui s'élève de tous les coins du pays, la voix frêle et timide de la jeunesse étudiante et que vous accueillerez favorablement, au milieu de ces concerts d'approbations, l'apport désintéressé de la gente écolière. Jeunes nous sommes : voilà ce qui nous recommande à votre attention et peut expliquer une démarche aussi osée......

Est-ce que je m'abuse ? Mais il me semble que les jeunes ont pris beaucoup d'intérêt à la lecture de votre ouvrage. Tous ceux qui ont dans le coeur un amour sincère pour les choses de chez nous ― et ils sont nombreux ― ont éprouvé, en lisant ces récits dans lesquels circule un large souffle de vie canadienne, une bien vive jouissance. Ils ont apprécié ces petits tableaux allègrement brossés, d'une saisissante réalité. Personne n'est resté indifférent aux scènes touchantes que vous évoquez avec tant de poésie et de sincérité. 

Et pour mon humble part, je ne cacherai pas l'émotion que j'ai ressentie au contact de ces pages toutes embaumées du parfum du sol natal. Elles dégageaient une senteur du terroir, des bonnes herbes de chez nous. J'avais l'illusion de revivre en les dégustant quelques-unes de mes plus belles heures de jeunesse au temps où « la Grise nous amenait à l'école », où nous mangions, en vrais gourmets, les succulents petits pains, où nous tombions de vertige en foulant l'herbe écartante, où rentrions gaiment le dernier voyage. Moi aussi, j'ai vu des grands-mères qui « jonglent, sourient, pleurent, prient et dorment quelquefois en tricotant », moi aussi j'ai vu se balancer sous le bleu ciel canadien « le panache hautain des grands érables verts » ! Et c'est pourquoi je prends un plaisir extrême à ces souvenirs émouvants, un peu comme le fabuliste exultait de joie au récit de Peau d'âne

Croyez-moi, vous avez accompli une œuvre digne et louable en ressuscitant dans leur cadre les vieilles figures d'autrefois, en rappelant à notre mémoire, souvent trop labile, les traditions séculaires qui ont fait notre peuple grand et fort, ces mâles vertus, génératrices d'héroïsme, ces coutumes respectables qu'un snobisme béat voudrait à jamais proscrire de nos foyers. Il était à-propos d'opposer aux doctrines des ultra-modernisants un poétique et franc retour aux choses du passé, une véritable rénovation de nos mœurs simples et robustes. Depuis longtemps, les Canadiens se laissent envahir par le débordement de la vie américaine saturée de matérialisme et d'amour du lucre. Il fallait quelqu'un pour lancer le cri d'alarme et corriger la marche enveloppante du Modern-Style. À côté de notre vie fiévreuse, souvent prosaïque, à côté ou plutôt en marge de notre siècle de mercantilisme effréné et de spéculations acharnées, vous avez agréablement reconstitué l'existence paisible et modeste de nos illustres aïeux. 

Aujourd'hui plus que jamais, il est opportun de renouer les liens qui nous rattachent au passé. Tandis que nos ennemis, dans leur farouche antipathie du nom français, veulent extirper de nos lèvres le verbe gaulois et s'acharnent à dénigrer l'œuvre colonisatrice de nos ancêtres, n'importe-t-il pas de retremper nos âmes aux sources vives du passé, de nous appliquer à garder intact le dépôt sacré de nos traditions ?

J'entends encore la France s'écrier : « L'avenir est fait du passé ». Semblables au géant mythologique dont les forces redoublaient chaque fois qu'il touchait le sol, nous n'aurons de valeur qu'en nous appuyant sur le passé, en développant l'héritage ancestral et en continuant l'effort séculaire. Du fond des âges, le passé inspire, commande et dicte le présent, prépare et domine l'avenir. 

Et ainsi vous nous avez donné ― d'une manière d'autant plus belle que plus simple ― un admirable cours d'histoire du Canada. Sans doute les héros dont vous tracez le portrait ne sont pas ces défenseurs éloquents de nos droits, ces champions invincibles de l'arène parlementaire, mais ce sont d'humbles paysans qui, par leur courageuse ténacité, ont jeté les fondements solides de notre édifice national. Comme il est beau de voir défiler cette galerie de héros obscurs aux mœurs rustiques, à l'âme franche et loyale comme une épée, au cœur noble et vaillant comme un croisé ! Ne leur marchandons pas notre admiration à ces pionniers inconnus, voués, il est vrai, à l'oubli le plus glorieux mais dignes cependant d'aller rejoindre dans l'histoire les Dollard, les d'Iberville, les Salaberry, « ces héros d'une Iliade qu'Homère n'inventerait pas ». 

Et ces braves femmes canadiennes ?...... Qui dira leur zèle inlassable, leurs sacrifices généreusement acceptés, leurs labeurs incessants ? Ah ! Mlle de Verchères n'était pas une chevaleresque exception au milieu d'elles...... Sont-ce des mégères qui forment et pétrissent des héros ?

Je vous sais donc gré d'avoir consacré votre talent au service des idées canadiennes. Oh ! vous pourriez peut-être m'objecter que votre intention n'était pas de réagir expressément contre le courant de la vie moderne. Je n'ai pas à déceler ici le mobile de vos actions. Malgré tout, vous ne sauriez contester que votre livre ne prêchât l'attachement au sol, l'amour de la terre natale. Et c'est déjà beaucoup. 

Si tous les déserteurs des campagnes pouvaient lire les Rapaillages, comme ils réaliseraient l'étendue de leur erreur, comme ils retourneraient à la terre invitante et féconde pour empoigner de nouveau les mancherons de la charrue et esquisser dans l'espace illimité des champs le « geste auguste du semeur » ! Et peut-être alors y aurait-il moins de ces déracinés qu'un flot impétueux charrie tous les ans de la plaine vers les grands centres où ils vont grossir le nombre des déclassés. Peut-être les transfuges du sol auraient-ils la nostalgie des Rapaillages

Je voudrais que votre petit livre enseignât toutes ces vérités à nos compatriotes. Assurément, c'est beaucoup demander à un petit livre.... Mais le poète latin n'a-t-il pas dit : « Habent sua fata libelli » (traduction : « Les livres ont leur propre destinée ») ? Et il me fait plaisir de constater que la destinée des Rapaillages s'ouvre sous de brillants auspices. 

Enfin, je ne saurais mieux résumer ma pensée sur votre ouvrage qu'en répétant les propres paroles par lesquelles vous définissez les Rapaillages agrestes : « Et dans ce foin des rapaillages, que de gentilles choses il y a ! Il y a les herbes de senteur, du baume, du thé des bois, du trèfle d'odeurs, de la fougère. Et tous ces parfums secoués par la faux (il faudrait dire ici par la plume) vous montent délicieusement à la figure.......»

Oui, dans les Rapaillages il y a tout cela. Ah ! qu'il ferait bon quelquefois dans la vie trouver encore quelque bout de rapaillages à faucher (c'est-à-dire à lire).....

Tels sont mes sentiments sur cette mosaïque de croquis champêtres que sont les Rapaillages. Je vous prie d'y voir autre chose qu'une vaine déclamation ou qu'un engouement passager et sans fondement. 

Ai-je été importun de formuler mon opinion avec une audace presque téméraire ? Je vous en demande sincèrement pardon et j'espère que vous me l'accorderez pour l'amour..... oui, pour l'amour des Rapaillages

Veuillez agréer, Monsieur l'abbé, mes plus chaleureuses félicitations, en même temps que l'expression non équivoque de ma haute considération.

Votre humble serviteur, 



Pour voir le manuscrit de la lettre 
de Narcisse Furois à Lionel Groulx,
cliquer sur cette image :  


Classe de Rhétorique du Petit séminaire de Québec, année scolaire 1914-1915.
Ernest Roy en était le président, Narcisse Furois le secrétaire. Ils sont tous deux
identifiés sur la photo. 

(Source : Musée de la civilisation du Québec ; archives du Séminaire de Québec.
Cliquer sur l'image pour l'élargir) 

Officiers de la classe 1914-1915 de la classe de Rhétorique du Petit
Séminaire de Québec, au parc du domaine de Maizerets. Ce cliché
date de 1915. Dans l'ordre, de gauche à droite : Narcisse Furois
secrétaire ; Ernest Royprésident ; l'abbé Camille Roy, professeur
de Rhétorique et 
pilier important du développement et de la promotion
de la 
littérature canadienne-française ; David Robitaille, vice-président ; 
Georges Grégoire, assistant-secrétaire.


(Source : Musée de la civilisation du Québec ; fonds d'archives du Séminaire de Québec.
Cliquer sur l'image pour l'élargir)

On trouve une première trace de Narcisse Furois 
dans les journaux de l'époque  dans cet article
du quotidien Le Canada du 17 octobre 1907,
alors qu'il avait environ 14 ans. On y parle de
l'adresse qu'il a prononcée à l'occasion de 
l'anniversaire de son père, un cultivateur qui
fut notamment maire de La Durantaye.

(Source : BANQ ; cliquer 
sur l'image pour l'élargir)

À la lecture de sa lettre ci-haut adressée à Lionel Groulx, on ne 
sera pas surpris d'apprendre que Narcisse Furois fut, en 1915, 
lauréat pour le Petit séminaire de Québec du Prix d'histoire du
Canada attribué par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, 
tel qu'annoncé dans cette liste parue dans le numéro de juin 1915
du Petit canadien, organe officiel de la SSJB-M.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'élargir)

Narcisse Furois était impliqué dans diverses associations
patriotiques et sociales de la jeunesse, dont l'Association
du Parlement modèle, comme l'indique cet entrefilet
paru dans La Presse du 10 octobre 1917.

(Source : BANQ ; cliquer sur
l'image pour l'élargir)

Narcisse Furois et son ami Ernest Roy étaient parmi les meilleurs
élèves du Petit séminaire de Québec, lequel était rattaché à 
l'Université Laval. En 1916, la distribution des prix de fin
d'année scolaire des deux institutions avait eu lieu durant
une même cérémonie. On constate que les deux compères
s'y sont distingués. Moins de 2 mois plus tard, Ernest Roy
mourait noyé à Saint-Michel-de-Bellechasse. 

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'élargir)

Le Soleil, 14 juillet 1919

Le Peuple (Montmagny), 18 juillet 1919.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'élargir)

L'accident d'automobile fatal dans lequel, le 12 juillet 1919, Narcisse Furois
perdit la vie eut lieu dans ce secteur de la route 281, à l'entrée du village de
La Durantaye, près de la voie ferrée. La voiture roulait en direction nord, en
provenance de Saint-Michel-de-Bellechasse.

(Photo : Daniel Laprès, juin 2021 ; cliquer sur l'image pour l'élargir)

Le Soleil, 16 juillet 1919.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'élargir)

Carte mortuaire de Narcisse Furois.

(Source : Musée de la civilisation du Québec ; 
archives du Séminaire de Québec)


Monument funéraire de la famille de Narcisse Furois
au cimetière de La Durantaye.

(Photo : Daniel Laprès ; 5 juin 2021 ;
cliquer sur l'image pour l'élargir)

mardi 8 juin 2021

Un jeune vicaire victime de son dévouement

L'église de Saint-Casimir-de-Portneuf, où l'abbé Narcisse Dufresne (1893-1918) était vicaire
de mai 1916 à sa mort durant l'épidémie de grippe espagnole, le 26 octobre 1918.

(Sources des photos : église: Daniel Laprès, 7 juin 2021 ;
abbé Narcisse Dufresne : Archives du Séminaire de Québec;
cliquer sur l'image pour l'élargir)


Le chanoine Jean-Baptiste-Arthur Allaire, de Saint-Hyacinthe, a publié, entre 1910 et 1934, une œuvre colossale en six volumes, le Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, qui présente les notices biographiques de plus de dix mille prêtres descendants du peuple de Nouvelle-France ou originaires d'Europe et ayant œuvré sur notre continent, que ce soit au Québec, sur le reste du territoire du Canada actuel ou aux États-Unis. On y trouve des informations très utiles, tant pour les travaux généalogiques que pour les recherches littéraires, puisque plusieurs membres de notre clergé d'alors ont participé, souvent très activement, à l'émergence et au développement de la vie littéraire de chez nous. 

Ces derniers jours, je fouinais dans le volume 4 de ce dictionnaire et suis tombé sur cette liste de quelques-uns parmi les ecclésiastiques décédés durant l'automne 1918. Mon attention a été vite captée par la mention du tout jeune abbé Narcisse Dufresne, mort à 25 ans : 


Connaissant bien Saint-Casimir-de-Portneuf, lequel, en tant que bijou de village traversé par la rivière Sainte-Anne, est un secret bien gardé que j'aime retrouver plusieurs fois durant la belle saison, et voulant connaître les circonstances du décès à un si jeune âge du vicaire de cette paroisse, j'ai procédé aussitôt à quelques recherches qui m'ont conduit à quelques mentions dans les journaux d'époque. D'abord, cette brève mais très révélatrice mention incluse dans un article paru dans La Presse du 28 octobre 1918


On y apprend donc que notre jeune abbé est l'un des nombreux prêtres, religieux et religieuses de chez nous qui sont morts de la grippe espagnole, qui faisait alors des ravages au Québec comme partout dans le monde, et que lui-même a contracté cette maladie hautement mortelle en apportant des réconforts spirituels à des personnes atteintes de ce même fléau dans la paroisse dont il était le vicaire depuis à peine deux années et demie. Son vicariat à Saint-Casimir était d'ailleurs sa première affectation, y ayant été nommé le jour même de son ordination sacerdotale à Québec, le 21 mai 1916.

J'ai aussi pu trouver ce bref article paru le 26 octobre 1918, jour même du décès de l'abbé, dans le journal L'Action catholique, qui nous donne notamment les noms de ses parents, Joseph-Georges Dufresne et Joséphine Bouillé, de Deschambault :

Le 1er novembre suivant, dans le journal Le Peuple, hebdomadaire de Montmagny au rayonnement important, publiait cette mention du décès de l'abbé Narcisse : 


J'ai aussi déniché dans les archives du Séminaire de Québec la photo du jeune abbé que l'on voit au haut de la présente page.

Dans le sixième et dernier volume du Dictionnaire biographique du clergé canadien-français ci-haut mentionné, on peut lire cette notice : 


Les archives du Séminaire de Québec contiennent quelques photos de groupe où l'on aperçoit Narcisse Dufresne, comme celle-ci de la classe de Rhétorique de l'année scolaire 1909-1910 (l'inclusion du portrait agrandi en médaillon est de mon cru) : 

Outre Narcisse Dufresne, alors âgé de seize ans, on aperçoit sur la première
rangée assise, le premier à gauche, Aimé Plamondon, qui deviendra poète et
sera très impliqué dans la vie littéraire de l'époque. Et tout au centre, portant
des lunettes, l'abbé Camille Roy, une figure majeure du développement de la
vie littéraire canadienne-française.

(Source : Musée de la civilisation du Québec ; archives du Séminaire
de Québec
. Cliquer sur l'image pour l'élargir)

Les mêmes archives contiennent cette photo de Narcisse Dufresne, finissant de l'année scolaire 1911-1912 : 

(Source : Musée de la civilisation du Québec ;
archives du Séminaire de Québec)

On trouve dans les archives des journaux encore quelques traces de l'abbé Narcisse Dufresne. Par exemple dans cet extrait d'un article paru dans le journal Le Canada du 24 octobre 1917 (soit un an presque jour pour jour avant la mort du jeune abbé) qui relate une visite officielle de Lomer Gouin, premier ministre du Québec, à Pont-Rouge, qui, à l'instar de Saint-Casimir, est situé dans le comté de Portneuf :


On découvre aussi que la famille Dufresne aura été éprouvée de manière particulièrement cruelle non seulement par la mort du jeune abbé Narcisse, mais également par la noyade, moins d'un an plus tard, de son frère Georges, comme l'indique cet entrefilet paru dans La Presse du 22 juillet 1919 :


Les circonstances de la mort de l'abbé Narcisse Dufresne ne sont pas sans rappeler le sacrifice, lors de l'épidémie de typhus de 1847, auquel ont consenti de nombreux prêtres, religieux, religieuses, et même un évêque, qui ont laissé leur vie en soignant des victimes de cette autre maladie à la contagion foudroyante, et que refusaient de soigner même ceux que de nos jours on appelle les « professionnels de la santé ». Pour en savoir plus sur cet épisode de dévouement aussi charitable qu'héroïque, cliquez sur cette image : 


Cela dit, pour revenir à notre abbé Narcisse Dufresne, il est évident que le dévouement de ce prêtre et vicaire qui, âgé d'à peine 25 ans, a contracté la grippe espagnole en allant réconforter spirituellement des paroissiens atteints de cette maladie ultra contagieuse et mortelle, est un fait qui n'entre guère dans le « narratif », de nos jours dominant sinon hégémonique, à propos de nos « monstrueux » curés et membres du clergé canadiens-français à côté desquels, à en croire plus d'une langue sale calomnieuse, Dracula lui-même aurait été un doux Calinours avant l'heure...

Il est en effet de bon ton de nos jours de cracher sur notre clergé d'antan, souvent avec une rage de convulsionnaire. C'est pratiquement une obligation pour être bien vu, et les réseaux sociaux débordent d'inepties éructées par des multitudes d'ignares en cette matière. Mais c'est là oublier plusieurs choses, dont les deux suivantes ne sont pas les moindres :

La première, c'est que tous ces très nombreux prêtres, religieux, religieuses, ils étaient des nôtres, les produits de nos familles qui les soutenaient et les encourageaient. Ils n'étaient aucunement des « corps étrangers » à notre peuple, ils en étaient issus, tout comme était profondément enracinée dans la nationalité canadienne-française la foi catholique qui les inspira à consacrer leur vie.

La deuxième, c'est que le dévouement, souvent les sacrifices consentis par ces curés et bonnes sœurs, pour l'éducation de notre peuple et pour soigner nos malades, étaient sans commune mesure avec tout ce que notre société d'aujourd'hui nous permet de concevoir ou imaginer. Toute cette abnégation pour seulement une très faible sinon inexistante rétribution personnelle, dans la très grande majorité des cas.

Bien sûr, rien n'était parfait. Bien sûr, il y en a eu certains qui ont commis des abus, et pas seulement sexuels. Bien sûr il y a eu des profiteurs et des parasites. Bien sûr, il y en a qui n'étaient « pas fins ». Mais quel regroupement professionnel, ou social, ou tout simplement humain, ne voit jamais surgir de ses rangs des abuseurs de toute sorte et des pas fins, et ce, particulièrement de nos jours ? N'est-il pas curieux que les regroupements ou associations contenant à notre époque des pommes pourries, disons par exemple les associations d'entraîneurs sportifs auprès de mineurs, ou les guildes d'artistes, ou encore des syndicats d'enseignants au primaire et au secondaire, puisque certains de leurs membres ont commis des actes immondes, ne subissent aucunement la hargne démente dont notre clergé d'antan est constamment la cible ?!?

Mais quand on étudie de près les œuvres éducatives et charitables de ces fils et filles de nos familles, on se rend compte que la légende noire avec laquelle on se gargarise de nos jours est essentiellement le produit d'élucubrations d'incultes, pour ne pas dire de la foutaise grossière. C'est aussi pour une large part un mépris empreint d'ingratitude pour nos grands-pères, grands-mères et leurs grands-pères et grands-mères, qui étaient animés d'une foi qui les rendaient notamment fiers lorsque certains de leurs enfants devenaient prêtres ou entraient dans les ordres. Pour la quasi-totalité des nôtres à l'époque, Ciel et Terre ne faisaient qu'un. En étaient-ils plus mal que nous ? Rien n'est moins sûr...

D'ailleurs, à ce propos, écoutez attentivement les paroles de « Il était une fois des gens heureux », interprétée par la regrettée Nicole Martin, cette dame de distinction comme n'en révèle plus la présente scène artistique ; vous saisirez peut-être un peu de la vision du monde des nôtres de ce temps-là et qui n'a certainement pas grand chose à envier à notre temps à nous (cliquer sur l'image pour entendre cette très belle chanson qui parle de ce que nous fûmes. Les paroles sont inscrites tout au bas de la présente Glanure, car la transcription qui circule sur le web est erronée) : 


En somme, pas besoin d'être dévot, ni même croyant, pour ressentir une saine reconnaissance pour la valeur du supplément d'âme que ces prêtres, religieux et religieuses ― je le répète : ces fils et filles de nos familles  ont donné à profusion à notre peuple et qui se traduisait en œuvres diverses dont nous avons collectivement bénéficié. Quand on se penche sérieusement sur leur contribution, on se rend compte à quel point l'ingratitude et le reniement qui caractérisent beaucoup trop de nos contemporains nous infligent collectivement un tort considérable, ne serait-ce qu'à cause de l'amnésie historique qui est ainsi favorisée, à cause aussi de cette idiotie consistant à prétendre que nos ancêtres de foi catholique n'auraient été qu'un ramassis de benêts hébétés par une soi-disant « grande noirceur », tandis que nous, des années 2020, serions censés être tellement « smartes »... !

En tout cas, j'aime me rappeler que notre peuple a déjà su produire des Narcisse Dufresne en grand nombre, c'est-à-dire des hommes et des femmes à la foi catholique chevillée au cœur et qui ne reculaient devant aucun risque lorsqu'il s'agissait de réconforter leur prochain, en plus de se dépenser sans compter pour l'instruire et le soigner. La vérité est que la très vaste majorité de notre clergé d'antan a profondément aimé notre peuple et l'a prouvé tangiblement en donnant tout ce qu'ils pouvaient d'eux-mêmes aux gens qui le constituaient. Au lieu de dénigrer et de calomnier tels des perroquets tous ces prêtres, religieux et religieuses de chez nous qui étaient loin d'être tous des pommes pourries, nous gagnerions considérablement à nous inspirer d'eux et d'elles et à au moins respecter les valeurs et la foi qui les animaient.

Donc, souvenons-nous et choisissons la reconnaissance contre l'ingratitude : ce serait déjà une bonne manière de réchapper l'essentiel du naufrage.

Depuis son décès il y a maintenant 103 ans, le nom de l'abbé Narcisse Dufresne n'a été imprimé qu'une seule fois, en 1934, dans une notice biographique de quelques lignes (reproduite ci-haut). Mais il n'était pas dit que ce jeune homme qui fut le fils de l'une de nos familles canadiennes-françaises et dont le cœur était à la mesure, immense, du sacrifice ultime auquel il se savait exposé en se précipitant pour réconforter son prochain accablé par le malheur, il n'était pas dit, donc, qu'on n'entendrait plus jamais parler de lui. Le revoici maintenant, par l'entremise de ce carnet-web des Glanures historiques québécoises, rendu à notre mémoire collective et, espérons-le, à la  reconnaissance du plus grand nombre possible parmi les nôtres. 

R.I.P. et chapeau bas, monsieur l'abbé !

L'abbé Narcisse Dufresne est mort au presbytère de Saint-Casimir de Portneuf le 26 octobre 1918.

(Photo : Daniel Laprès, 7 juin 2021)

Monument funéraire du lot familial où repose l'abbé Narcisse Dufresne, au cimetière de Deschambault. 

(Photo : Daniel Laprès, 5 juin 2021 ; cliquer sur l'image pour l'élargir)

La tombe de l'abbé Narcisse Dufresne est située au milieu
du cimetière de Deschambault, près d'un jeune chêne.

(Photo : Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

L'église de Deschambault, que fréquenta l'abbé Narcisse Dufresne durant son enfance et sa jeunesse.

(Photo : Daniel Laprès, 5 juin 2021)


Paroles de la chanson 
« Il était une fois des gens heureux » : 


Il était une fois des gens heureux
C'était en des temps plus silencieux
Parlez à ceux qui s'en souviennent
Ils savent encore
Les mots des romances anciennes
Où ça disait toujours "Le monde est beau"
Il était une fois des gens heureux
Qui disaient toutes choses avec les yeux
Leurs yeux tout pleins de confiance
En l'univers immense
Qu'ils disaient béni de Dieu
Il était une fois des gens de paix
Mais vinrent les années de vent mauvais
À table il y eut des chaises vides
Aux yeux vinrent les rides
Il ne resta plus rien de vrai
Il ne faut pas chercher à savoir
Où s'en va le temps
Il s'en va pareil aux glaces dans le Saint-Laurent
On fait toute la vie
Semblant qu'on va durer toujours
Pareils au fleuve dans son cours
Et c'est peut-être rien que pour ça
Qu'on fait des enfants
Il était une fois des gens heureux
Et tout était si simple et merveilleux
Y avait le ciel, y avait la terre
C'était quand les mystères
Pouvaient rester mystérieux
Il était une fois des gens heureux
Qui disaient toutes choses avec les yeux
Leurs yeux tout pleins de confiance
En l'univers immense
Et clair, et juste et merveilleux
Un univers béni de Dieu
Il était une fois des gens heureux
C'était en des temps plus silencieux
Parlez à ceux qui s'en souviennent
Ils savent encore les mots
Des romances anciennes
Où ça disait toujours
"Le monde est beau"
"Le monde est beau"
"Le monde est beau"

Paroles et musique : Stéphane Venne
Interprétation originale : Nicole Martin

mercredi 5 mai 2021

Le jeune poète noyé de Saint-Michel-de-Bellechasse

Saint-Michel-de-Bellechasse, sur les bords du fleuve Saint-Laurent,
et le jeune poète Ernest Roy (1898-1916).

(Photo d'Ernest Roy : Musée de la civilisation du Québec ; fonds d'archives du Séminaire de Québec)


    Certains parmi celles et ceux qui ont eu la chance de se procurer ou de se faire offrir un exemplaire de Nos poésies oubliées, cet ouvrage de collection publié en septembre 2020, ont peut-être été étonnés de retrouver, parmi les 100 poètes d'antan issus du peuple héritier de Nouvelle-France qui y sont présentés, un tout jeune poète, Ernest Roy, qui a connu à 17 ans seulement une fin tragique, en se noyant accidentellement dans le fleuve Saint-Laurent, à Saint-Michel-de-Bellechasse, devant la maison d'été familiale et sous les yeux de sa mère, alors qu'il se baignait en compagnie de son frère, de sa sœur et de quelques amis.

   En fait, Nos poésies oubliées présente également deux autres poètes morts tout jeunes, par surcroît eux aussi par noyade, Hector Séguin, mort à  17 ans, et Paul-Émile Lavallée, mort à 23 ans, et qui tous deux, comme Ernest Roy, surent faire preuve de talents littéraires précoces comme savaient en susciter, et ce, beaucoup plus qu'on le croit de nos jours, nos collèges et séminaires alors dirigés par des prêtres et d'innombrables hommes et femmes membres de congrégations catholiques, dont la quasi-totalité provenaient de nos familles, et envers lesquels notre société d'aujourd'hui fait trop souvent preuve d'une ingratitude aussi ignare qu'ignoble.

Pour se procurer l'un des quelques exemplaires encore 
disponibles de Nos poésies oubliées, voyez les modalités 
de commande présentées à la page 3 du document auquel 
on accède en cliquant sur la couverture du volume : 

    Ernest Roy mérite selon nous sa place dans un tel ouvrage à cause, certes, de la qualité de ses vers tout en simplicité et beauté, mais aussi pour sa stature morale, intellectuelle et patriotique qui, selon les nombreux témoignages publiés lors de sa mort, révèlent un jeune compatriote d'exception, dont les talents divers et la remarquable noblesse de caractère inspiraient ceux qui ont eu la chance de l'avoir côtoyé et connu. Je suis même persuadé que son souvenir a toujours quelque pertinence, particulièrement à une époque comme la nôtre où règnent le narcissisme, l'inculture historique et le cynisme les plus plats et insipides comme notre scène médiatique n'en est qu'un pitoyable reflet. 

Ernest Roy à l'été 1915, un an avant sa mort.

(Fragment d'une photo de groupe. Source : Musée de la civilisation
du Québec ; fonds d'archives du Séminaire de Québec)

    C'est donc pour ces raisons que, en tant que concepteur de Nos poésies oubliées, je suis particulièrement fier et heureux d'avoir inclus le jeune poète Ernest Roy dans ce volume qui fait remonter à la surface d'un oubli bien injuste une centaine de nos plus beaux esprits de jadis qui, par la poésie, ont voulu exprimer leur amour pour notre patrie et notre langue française. Y a-t-il plus belle manière que la poésie pour dire non seulement « J'existe », mais aussi « Nous existons » ? C'est ce que nous montrent en tout cas la centaine de nos poétesses et poètes d'avant 1940 présentés dans Nos poésies oubliées... et les cent autres qui seront présentés dans un deuxième tome actuellement en préparation et qui devrait sortir des presses à l'automne 2021.

La classe où était dispensé le cours de Rhétorique, telle que la connut
Ernest Roy durant sa dernière année au Petit séminaire de Québec, au
terme de laquelle il décrocha notamment le premier prix de Rhétorique.

(Source : Musée de la civilisation du Québec ;
fonds d'archives du Séminaire de Québec)

    Ernest Roy est né à Québec, dans la paroisse Saint-Jean-Baptiste, le 16 septembre 1898, du mariage d'Ernest Roy, avocat qui deviendra député puis juge, et de Malvina Godbout. Comme on peut le lire dans les articles et textes ci-dessous, le jeune Ernest fit ses études secondaires au Petit séminaire de Québec, où il était un premier de classe et un élève hautement apprécié et estimé tant par ses condisciples que par ses professeurs. Ses succès scolaires constants faisaient de lui un habitué des prix de fin d'année académique, dont, à la fin de sa dernière année scolaire, le prix du lieutenant-gouverneur. 

Ernest Roy était le fils d'Ernest Roy,
avocat, puis député et juge.

(Source : BANQ)

    Ernest, décrit comme un garçon à l'esprit vif et amical, était aussi doué de qualités de leadership dont il fit preuve au sein de divers mouvements estudiantins, littéraires et patriotiques dans lesquels il s'était engagé. 

    Ses talents littéraires ont dû laisser une marque durable sur les gens qui l'ont connu sous cet aspect, car en février 1922, soit plus de cinq ans après sa mort, un de ses poèmes resté jusque-là inédit, Avec le vent, fut déclamé lors d'une grande soirée poétique et musicale où furent présentées des œuvres d'écrivains et artistes les plus en vue du Québec de l'époque. Pour découvrir ce poème, cliquer sur cette image : 


    Quelques semaines plus tard, ce même poème d'Ernest Roy reçut les honneurs de la parution dans le premier numéro de la toute première revue exclusivement poétique publiée au Canada français, Le Jardin des Muses, fondée par Joseph Dumais, lequel fut un phénoménal champion du combat pour la langue française. 

    Au Petit séminaire de Québec, Ernest Roy a eu pour compagnon de classe Jean-Marie Turgeon (1897-1957), qui deviendra journaliste et qui, sous le nom de plume de « l'Oncle Gaspard », publiera dans des journaux de la Vieille Capitale de savoureuses chroniques littéraires, historiques et culturelles (dont les meilleures feuilles furent réunies dans deux volumes, Le dessus du panier (1937) et Les vendredis de l'Oncle Gaspard (1944). C'est dans ce dernier volume que Turgeon publia le texte ci-dessous dédié à son ami de séminaire Ernest Roy. Le texte de Turgeon est suivi d'un dossier de presse constitué d'articles de journaux parus lors du décès tragique de celui-ci en août 1916, et dont nous signalons plus particulièrement le beau et émouvant témoignage portant le titre  : « Sur la tombe d'Ernest Roy », dont l'auteur est l'abbé Alphonse Morel, qui enseigna la Méthode à notre jeune poète. 

Cliquer sur l'image pour l'agrandir. 
Pour en savoir plus sur Jean-Marie Turgeon, cliquer ICI.

Ernest Roy
par Jean-Marie Turgeon

    « En classe il était souvent distrait, et le professeur de Méthode, l'abbé Alphonse Morel, s'amusait à l'interpeller : « Dites-moi, Ernest Roy, si vous ne voulez pas goûter de la retenue, quel article de la grammaire latine nous sommes à étudier en ce moment ? » Le bambin de onze ans était aussitôt levé, clignotant de ses beaux yeux noirs qui fixaient la tribune. Trouver le numéro de l'article, il n'y fallait pas songer, mais, remis sur la piste, il répondait si bien aux questions que le maître s'avouait désarmé. 

Ernest Roy, âgé de 11 ou 12 ans, et son
professeur de méthode l'abbé Alphonse
Morel
, mentionné ci-haut dans le texte
cité de Jean-Marie Turgeon. Année 
scolaire 1910-1911.
Fragment d'une photo de groupe.

(Source : Musée de la civilisation du Québec ; 
fonds d'archives du Séminaire de Québec)


Ernest Roy durant l'année scolaire 1912-13.
Détail d'une photo de groupe.

(Source : Musée de la civilisation du Québec ;
fonds d'archives du Séminaire de Québec)

    L'année suivante, nous avions fait une recrue nouvelle : Narcisse Furois, sorti avec tous ses diplômes de l'École Normale. Jusqu'au terme de nos études, du moins jusqu'à la Physique, car Ernest nous quitta après la Mathématique, ce fut entre les deux une rivalité constante. Furois, de sept ans plus âgé, triomphait de son jeune challenger dans le domaine purement expérimental. Mais encore là, l'intelligence de Roy fulgurait. Camarades et admirateurs, nous leur appliquions le jugement de Bossuet sur Turenne et Condé : « L'un paraît agir par des réflexions profondes, et l'autre par de soudaines illuminations ; celui-ci, par conséquent, plus vif, mais sans que son feu n'eût rien de précipité ; celui-là d'un air plus froid, sans jamais avoir rien de lent ». 

    Succès dont le destin se montra jaloux : Ernest Roy, victime d'un drame de l'onde le 8 août 1916 ; Narcisse Furois, tué dans un banal accident d'automobile en 1919, après sa seconde année de droit. 

Officiers de la classe 1914-1915 de la classe de Rhétorique du Petit
Séminaire de Québec, au parc du domaine de Maizerets. Ce cliché
date de 1915. Dans l'ordre, de gauche à droite : Narcisse Furois
secrétaire (dont il est fait mention ici-même dans l'extrait du livre
de Jean-Marie Turgeon) ;
Ernest Royprésident ; l'abbé Camille
Roy
, professeur de Rhétorique et 
pilier important du développement
et de la promotion de la 
littérature canadienne-française ; David
Robitaille
, vice-
président ; Georges Grégoire, assistant-secrétaire.

(Source : Musée de la civilisation du Québec ; fonds d'archives du Séminaire de Québec.
Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

    Ah ! Je sais qu'il y a le mot de Platon : « Ceux qui meurent jeunes sont aimés des dieux ». Un jour, en Rhétorique, Monseigneur (alors abbé et professeur) Camille Roy nous donna ce thème à développer. Chez beaucoup, l'enthousiasme fit complètement défaut. Ernest, lui, se laissa emporter par l'inspiration et, au bas de sa copie, il inscrivit ce sonnet (cliquer sur l'image suivante pour y accéder) : 



    Vous me direz que le vers n'est pas exempt de redondances. Mais le poète avait quinze ans. À seize, durant le cours de M. l'abbé Robert, il composa de forts jolies strophes : 

        C'est l'heure rougeoyante où l'astre du jour sombre
        Dans le flot qui murmure et vient baigner les champs ;
        C'est l'heure où les oiseaux célèbrent de leurs chants
        La chute du soleil et le retour de l'ombre.

    ... pendant que le grave Furois (arriverait-il premier ou deuxième à la composition suivante ?) lisait les Contemplations de Jules Lemaître.

L'auteur du présent texte, Jean-Marie Turgeon, 
alors qu'il posait en tant que finissant du
Petit Séminaire de Québec, en 1917. Il 
était confrère de classe d'Ernest Roy.

(Source : Musée de la civilisation du Québec ; 
fonds d'archives du Séminaire de Québec)

    Vingt-cinq ans qu'ils dorment, aimés des dieux, dans les cimetières voisins de Saint-Michel et de La Durantaye ! La classe en avait fait deux de ses officiers (Ernest Roy, président ; Narcisse Furois, secrétaire). Tous les jours il m'arrive de les revoir en capot d'écolier ». 

Extrait de : Jean-Marie Turgeon, Les vendredis de l'Oncle Gaspard, Québec, 1944, p. 159-160. Le texte avait été préalablement publié sous forme de chronique dans Le Journal (Québec) le 8 août 1936.

Le Peuple (Montmagny), 11 août 1916.
À noter qu'Ernest avait 17 ans et non 19.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le Peuple (Montmagny), 18 août 1916. L'auteur, qui signe « A. M. Ptre », 
est l'abbé Alphonse Morel, qui fut professeur de Méthode d'Ernest Roy.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

L'abbé Alphonse Morel (1887-1953), auteur de l'article 
intitulé "Sur la tombe d'Ernest Roy", ci-haut. Il sera
fait chanoine en 1953.

(Source : Musée de la civilisation du Québec ;
fonds d'archives du Séminaire de Québec)

Le Peuple (Montmagny), 18 août 1916. À noter une
erreur à la quatrième ligne de la deuxième colonne :
il s'agit de l'abbé A. (pour Alphonse) Morel, ci-haut
mentionné, et non O. Morel. 

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

La Presse, 9 août 1916.
À noter qu'Ernest avait 17 ans et non 19.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le Devoir, 9 août 1916. 
À noter qu'Ernest avait 17 ans et non 19.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

L'Union des Cantons de l'Est, 10 août 1916.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le Devoir, 19 août 1916.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

À la mort d'Ernest Roy, la plupart des articles parus dans les journaux
indiquaient qu'il avait 19 ans. C'est une erreur, comme cela arrivait souvent
dans les journaux de l'époque. Né le 16 septembre 1898, il est mort le 8
août 1916, ce qui lui donne 17 ans. En atteste cet extrait du registre
 des baptêmes de la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Québec. 

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Plus de cinq ans après sa mort, en février 1922, un poème
d'Ernest Roy, intitulé Avec le vent, parut dans Le Jardin des
Muses
, toute première revue poétique publiée au Québec.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Monument funéraire de la famille Roy au cimetière de Saint-Michel-de-Bellechasse.
Y reposent Ernest Roy, ses parents, ses deux sœurs et son frère.

(Photo Daniel Laprès ; 9 mai 2021)


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