lundi 14 février 2022

Joseph Létourneau, un instituteur qui a aimé et fut aimé

L'École normale Laval de Québec, où Joseph Létourneau (1828-1906)
fut instituteur. L'édifice fut démoli en 1892 pour laisser place à une aile
du Château Frontenac.

(Photos / École normale Laval  : BANQ ; 
Joseph Létourneau : L'enseignement primaire, décembre 1899 ;
cliquer sur l'image pour l'élargir)



     Ces Glanures ont il y a quelque temps déjà rappelé le souvenir de Félix-Emmanuel Juneau (1816-1886), qui s'était dévoué pour l'instruction des enfants des quartiers populaires de Québec. Pour consulter la glanure consacrée à ce généreux compatriote et éducateur d'antan, cliquer sur cette image : 


    Natif de Sainte-Famille-de-l'île-d'Orléans, Joseph Létourneau (1828-1906) est un autre de ces héros de l'ombre qui ont consacré leur vie à l'instruction de notre peuple à une époque pionnière en ce domaine. Il a été instituteur durant cinquante-trois ans, dont vingt-huit à l'École normale Laval de Québec, une institution d'enseignement que Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, homme de lettres qui fut le tout premier des premiers ministres du Québec, ouvrit en 1856, et qui ferma ses portes en 1970. L'École normale Laval était jusqu'en 1892 logée dans l'ancien château Haldimand, tout près de la terrasse Dufferin et de la place d'Armes, dans la Vieille Capitale. Cet édifice a été démoli pour faire place à l'une des ailes du Château Frontenac. 

Sur cette photo, on aperçoit, indiqué d'un « X » rouge, l'édifice qui a
longtemps abrité l'École normale Laval, dont Joseph Létourneau fut
un instituteur. L'édifice fut démoli en 1892 pour faire place à l'une
des ailes de l'actuel Château Frontenac. On aperçoit en face la
 place d'Armes.

(Source : Wikipédia)

      Depuis sa mort en 1906, le nom de Joseph Létourneau n'a nulle part été évoqué, ayant sombré dans l'oubli depuis tout ce temps. Mais en découvrant à travers nos pérégrinations dans les publications anciennes d'ici sa contribution à l'avancement scolaire et intellectuel de notre peuple, nous nous sommes dit qu'aura assez duré ce silence sur la vie et l'œuvre de cet autre inspirant héros de l'instruction des nôtres, dont l'amour que lui vouaient ses élèves témoigne des grandes qualités morales qui l'inspiraient, parmi lesquelles le dévouement et la passion pour la formation scolaire et intellectuelle des jeunes n'étaient pas les moindres. 

     Les deux articles qui suivent ont été publiés dans la revue L'Enseignement primaire, à laquelle Joseph Létourneau a collaboré durant plusieurs années. Le premier, paru en décembre 1899, relate le déroulement de la fête en son honneur qui eut lieu lors de son départ à la retraite, et contient notamment l'émouvante adresse que lui firent les élèves à cette occasion, et le deuxième souligne son décès qui eut lieu en septembre 1906. Et tout au bas de cette glanure, vous pourrez lire un autre article paru dans Le Soleil de Québec à l'occasion du décès de Joseph Létourneau.

    En faisant revivre le souvenir de l'homme bon qu'était Joseph Létourneau, on se remémore également la noblesse d'âme et de cœur qui animait celles et ceux qui croyaient que le peuple canadien-français était appelé à secouer ses ailes pour s'élever vers les sommets, et qui pour cela ont donné tout ce qu'ils avaient et étaient, et qui n'étaient pas enlisés dans le pédagogisme à gogo qui, entre autres méfaits, est imposé par le système bureaucratisé d'éducation que l'on subit depuis les années 1960 au Québec, avec les tristes résultats qu'on connaît, notamment en matière de transmission de la langue française. 

     En somme, la commémoration de cet honorable et exemplaire éducateur d'antan a de quoi nous remonter le moral par ces temps de grisaille que nous vivons, parce qu'elle montre que si notre peuple a su jadis produire des Joseph Létourneau, peut-être qu'il pourrait se remettre le cœur à l'ouvrage pour en faire advenir d'autres : 



M. le professeur Joseph Létourneau

Une belle carrière

Revue L'Enseignement primaire, décembre 1899


Le 23 octobre dernier, M. J. Letourneau disait adieu à l’École normale Laval, où il a passé vingt-huit laborieuses années de sa noble carrière. Le vénéré doyen des instituteurs de la province se retire de l’enseignement après cinquante-trois ans de service actif ; c’est dire que M. Létourneau a bien mérité le congé que les autorités lui ont gracieusement accordé.

Joseph Létourneau naquit à Sainte-Famille-de-l’île-d’Orléans le 6 octobre 1828, de Jacques Létourneau, cultivateur, et de Marguerite Létourneau. Il étudia à l’école primaire de sa paroisse puis, durant trois années, au presbytère de Saint-Urbain, sous la direction de feu l’abbé Jean-Baptiste Chartré qui lui fit surtout piocher le latin.

L'abbé Jean-Baptiste Chartré, avec qui Joseph Létourneau fit une
partie de ses études primaires et apprit le latin. Né à Jeune-Lorette
le 10 juin 1814, de Jacques Chartré et de Josephte Falardeau, il fit ses
études à 
Québec, où il fut ordonné prêtre le 11 août 1839. D’abord
desservant de Sainte-Famille-de-l’île-d’Orléans (1841-1884), il devint
tour à tour curé de 
Saint-Urbain de Charlevoix (1841-1844) ; Sainte-
Ursule de Maskinongé
 (1844-1849) ; Saint-Pierre-les-Becquets (1849-
1855) ; Saint-David-d’Yamaska de 1856 à sa mort le 27 août 1875.
(Sources : Abbé J.-B.-A. Allaire, Dictionnaire biographique du clergé 
canadien-français : les Anciens, Montréal, Imprimerie de l'École des 
Sourds-Muets, 1910, p. 116 / Photo: Archives du Séminaire de Québec)

Le 22 février 1847, il débuta dans l’enseignement à Charlesbourg d’où il passa bientôt à Sainte-Famille, son village natal.

Au mois de septembre 1857, il entra comme élève à l’École normale Laval, d’où il sortit, un an plus tard, avec un diplôme de première classe qu’il avait brillamment conquis. Il alla alors se fixer à Saint-Jean-Deschaillons, qu’il quitta ensuite à la requête des citoyens de Sainte-Foy, qui le voulaient chez eux.

Enfin, le 10 novembre 1871, il était nommé professeur à l’école Normale, à Québec, où il a dirigé, jusqu’à sa retraite, des cours de français, d’histoire et de littérature.

Le 29 mai 1897, l’Association des instituteurs catholiques de la circonscription de l’École normale Laval célébrait avec éclat sa cinquantième année d’enseignement.

À cette occasion, un des biographes de M. Létourneau disait : « Unissant à une grande douceur une égale fermeté, il a toujours su s’attirer l’estime et l'affection de ceux qui ont l’avantage de le connaître ; son excessive modestie va jusqu’à le rendre timide, parfois, mais n’amoindrit pas ses mérites. Il y a quelques semaines, lors de la célébration de ses noces d’or, il résumait ainsi simplement sa vie : Qu’ai-je fait pendant ces cinquante années écoulées ? Ce que j’ai fait ? J’ai cru ; j’ai espéré ; j’ai aimé ! »

« Heureux mille fois, ceux qui, au soir de la vie, se tournant vers le passé, peuvent se rendre ce témoignage ! Avec ces trois grandes vertus au cœur, un homme n’est pas inutile et peut-il y avoir dans le monde plus noble ambition pour la jeunesse que celle d’être utile, et plus douce consolation pour la vieillesse que celle de l’avoir été ? »

 Ces remarques sont encore parfaitement vraies. Et M. Létourneau pourrait aujourd’hui y ajouter : « J’ai été aimé et je suis aimé ».

Oui, M. Létourneau était aimé de ses élèves, de ses collègues et de ses confrères. Il en a eu la preuve le 23 octobre dernier, lors de la touchante fête du départ que M. le Principal de l’École normale Laval a organisée en l’honneur du digne démissionnaire.

Joseph Létourneau

(Source : BANQ)

Le soir de ce jour, à 6 heures, il y eut souper de gala chez M. le Principal. Après le souper, les élèves-maîtres, réunis dans la salle de récréation, présentèrent la jolie adresse qui suit à leur vieux professeur. C’est M. Joseph Tremblay, le doyen des élèves, qui communiqua les sentiments délicats de la communauté au héros de la fête :

« À notre très cher et très vénéré professeur Monsieur Létourneau, bien cher professeur,

On lit, dans l’histoire des Grecs, que le philosophe Anaxagore, blessé dans son cœur de la conduite plus qu’inattentive de Périclès, son jeune élève, résolut, pour le punir, d’abandonner le jeune Athénien à ses seules ressources.

À cette nouvelle, Périclès, qui, malgré ses étourderies d’écolier, aimait tendrement son maître, fondit en larmes. En un instant, tout le bien que son précepteur lui avait fait passa devant ses yeux, tandis que l’ingratitude de sa conduite l’accable de remords.

Le jeune disciple reconnut ses torts, obtint son pardon, et grâce aux sages leçons d’Anaxagore, devint le grand général que l’on sait.

Nous n’ignorons pas, très cher professeur, que d’autres motifs que ceux d’Anaxagore vous ont déterminé à nous quitter ; cependant, comme Périclès, ce départ nous a fait réfléchir...

Nous avons jeté un coup d’œil sur le passé, et ce regard rétrospectif nous a rendus tout confus. Avec une émotion qu’il nous serait difficile de rendre, nous avons vu défiler sous nos yeux vos innombrables bienfaits ; nous nous sommes rappelé votre dévouement sans bornes, votre patience angélique, votre bonté proverbiale, tandis que d’autre part nous apparaissaient toutes les espiègleries avec lesquelles nous avons quelquefois payé le zèle et l’ardeur du bon M. Létourneau.

Vous avez été pour nous plus qu’un professeur, vous nous avez montré l’affection et l’attachement d’un père. Vous saviez mêler à vos leçons de sages conseils et nous inculquer les meilleurs principes. Que de fois… et ce souvenir est bien doux à notre âme… que de fois il vous est arrivé d’interrompre le récit des aventures d’un héros de l’Histoire, pour nous montrer dans la suite des événements le doigt de Dieu qui, tôt ou tard, sait punir les méchants ou récompenser la vertu. Que de fois, emporté par le désir de nous faire du bien, n’écoutant que votre grand cœur, vous avez laissé là l’histoire et ses hauts faits pour nous signaler les écueils que nous aurions à éviter plus tard sur la mer du monde, nous montrant ainsi que vous n’attachiez pas moins d’importance à former notre cœur qu’à enrichir notre intelligence. Nous avons revu tout cela et, jusqu’à ces promenades printanières sur l’autre rive où vous nous apparaissiez tous les ans le sourire aux lèvres et les mains chargées, débordantes de douceurs, tout nous criait votre insigne bonté et notre irréflexion.

Vous allez partir…après avoir pendant plus d’un demi-siècle versé à pleines mains dans de jeunes intelligences la semence qui fait des hommes utiles à leur pays et d’honnêtes citoyens ; doutant de vos forces, vous songez à prendre un repos certes, bien mérité.

Ah ! Laissez-moi vous dire du moins combien ce départ nous afflige ; combien nous aurions voulu vous garder encore longtemps au milieu de nous pour nous faire pardonner, à l’instar de Périclès, les petites étourderies de nos dix-huit ans.

Mais puisque cette espérance ne peut se réaliser, comptez du moins, et c’est là la seule manière qu’il nous reste de vous prouver notre affection et nos regrets, comptez sur notre sincère et éternelle reconnaissance. Le temps effacera peut-être de notre mémoire les dates, les batailles et les autres faits de l’Histoire que vous nous avez enseignés, mais il ne pourra faire disparaître de notre cœur votre nom qui y est à jamais gravé en lettres d’or.

Les élèves-maîtres de l’École normale Laval, 23 octobre 1899 »

Cette adresse était accompagnée d’un magnifique bouquet.

M. Létourneau répondit avec émotion aux bonnes paroles de ses élèves, du Principal et de ses collègues.

Lorsque M. Létourneau quitta la salle au bras de M. le Principal, accompagné de tous les professeurs, les élèves-maîtres entonnèrent un chant à la Sainte Vierge : Nous vous invoquons tous. Le cœur du vénérable congréganiste fut profondément touché, et l’auditoire était visiblement ému : preuve évidente de la place importante que M. Létourneau occupait dans le cœur de ceux qui avaient le bonheur de vivre avec lui.

________________________

Feu M. Joseph Létourneau

Revue L'Enseignement primaire, décembre 1899

 

    Le vénérable, le bon M. Létourneau n’est plus ! Il s’est éteint doucement dans sa paisible retraite de Saint-Flavien, à l’âge avancé de 78 ans. Sa mort fut l’écho de sa vie : il a rendu son âme à Dieu après avoir reçu toutes les consolations de l’Église.

     M. Létourneau fournit une longue et utile carrière : cinquante-trois ans durant, il se consacra à l’éducation de la jeunesse.

      […] La bonté faisait le fond de son caractère. Aussi une discipline toute paternelle régnait-elle dans ses classes. Le 29 mai 1897, l’Association des Instituteurs de la circonscription de l’Ecole normale Laval célébrait avec éclat sa cinquantième année de professorat. À cette occasion, on a su dire avec raison « qu’unissant une grande douceur à une égale fermeté, M. Létourneau sut toujours s’attirer l’estime et l’affection de ceux qui ont eu l’avantage de le connaître ; son excessive modestie allait jusqu’à le rendre timide parfois, mais n’amoindrissait pas ses mérites, néanmoins ».

     Lors de la célébration de ses noces d’or, M. Létourneau résuma sa vie avec une grande simplicité : « Qu’ai-je fait pendant ces cinquante années écoulées ? Ce que j’ai fait ! J’ai cru, j’ai espéré, j’ai aimé ! »

   M. Létourneau aurait pu ajouter : « J’ai été aimé et je suis aimé ». Oui, ce bon professeur, cet excellent chrétien, il était aimé de ses élèves, de ses confrères et de ses collègues. Il en eut la preuve le 23 octobre 1899, lors de la touchante fête du départ que M. le Principal de l’École normale Laval. M. l’abbé Rouleau, avait organisée en l’honneur du digne démissionnaire. Le souvenir de cette fête de famille est encore tout vivant dans notre mémoire, il nous semble encore la plus douce récompense que puisse recevoir un éducateur de la jeunesse.

      M. Létourneau fut non seulement un professeur consciencieux, mais il s’adonna aussi à la littérature. Il collabora à La Semaine, revue pédagogique fondée vers 1857 par MM. C. J. L. Lafrance et N. Thibault. [La revue] L’Enseignement primaire bénéficia aussi de son talent d’écrivain de 1880 à 1890.

    Le vénérable professeur fut l’un des fondateurs de la première Association des Instituteurs catholiques de Québec. Contemporain des Juneau, des Marquette, des Lafrance, des Dugal, des Légaré, des Toussaint, des Lacasse et des Cloutier, il contribua dans une large mesure au progrès pédagogique réalisé dans le domaine de notre enseignement primaire.

       Au point de vue religieux et civique, feu M. Létourneau fut durant sa longue existence un modèle parfait. Animé d’une foi forte et éclairée, sincèrement attaché à l’Église catholique, M. Létourneau resta toujours un paroissien accompli. Congréganiste de la Très Sainte Vierge, membre du Tiers-Ordre de Saint-François et de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, toutes les pieuses associations recommandées par l’Église l’attiraient naturellement. Aussi, sa vie entière fut-elle une longue suite d’exercices de piété où la routine n’avait aucune place. Comme citoyen, il donna toujours l’exemple du dévouement, du zèle et de l’abnégation.

     Les restes de M. Létourneau reposent dans le cimetière de Sainte-Foy, paroisse qui profita pendant onze ans de son dévouement inaltérable. Son souvenir vivra longtemps dans le cœur de ses confrères et de ses anciens élèves.

      Charles-Joseph Magnan,
       Directeur, revue L'Enseignement primaire


Charles-Joseph Magnan (1865-1942)
Auteur des deux articles ci-haut en
hommage à Joseph Létourneau. 

Le Soleil (Québec), 8 septembre 1906.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'article pour l'élargir)


mardi 1 février 2022

Chandeleur

La quête des cierges à l'occasion de la Chandeleur.

(Source : L'Action catholique (Québec), 7 février 1943)


   Le 2 novembre 2021, fête des morts, ces glanures ont présenté un très beau morceau de littérature intitulé Adagio Lamentoso. Son auteur, l'abbé Émile Bégin (1896-1976) fut notamment enseignant de Belles-Lettres au Petit séminaire de Québec et son talent littéraire était manifeste. La remise en circulation de ce texte, après plus de quatre-vingt-dix ans d'oubli, a d'ailleurs été appréciée par un public étonnamment large. Pour prendre connaissance de ce bijou de texte, et aussi pour en savoir plus sur l'abbé Bégin en plus de découvrir d'autres écrits de sa plume, cliquer sur cette image : 


   Le texte qui suit est un autre bonheur de lecture que, par-delà les plus de quatre-vingt-dix ans qui nous séparent de sa première parution, nous offre l'abbé Bégin. Il nous fait revivre la Chandeleur, une fête liturgique catholique traditionnelle qui a lieu le 2 février. Plusieurs générations de nos ancêtres ont célébré cette fête qu'ils appréciaient.

   La Chandeleur est peu connue de nos jours ; pour quelques-uns, elle évoque surtout un repas de crêpes. Ce n'est pas ce dont parle l'abbé Bégin, qui, pour notre plus grand intérêt, évoque plutôt ses souvenirs d'enfance, notamment à titre d'enfant de chœur. De manière savoureuse, il nous présente certaines figures pittoresques de son village de Saint-Étienne-de-Lauzon au début du vingtième siècle, tout en nous faisant parcourir le déroulement de moments clés de cette fête liturgique. Comme pour son Adagio Lamentoso, Émile Bégin sait nous captiver dès le début de son récit qui nous donne l'impression d'être nous-mêmes de la fête, ou à tout le moins nous donne le goût d'y être. 

   Sous le texte, vous trouverez des hyperliens vers deux articles, parus à Québec dans les années 1950, qui exposent la signification de la célébration de la Chandeleur, le tout enrichi d'illustrations. Ces documents permettent donc de mieux saisir l'un des moments marquants parmi les mœurs et coutumes de nos ancêtres. 



CHANDELEUR

Un texte d'Émile Bégin, ptre
tiré de la revue Le Canada Français,
Québec, février 1928


L'abbé Émile Bégin (1896-1976),
en septembre 1921.

(Source : Fonds d'archives du
Séminaire de Québec
)


   Quand nous étions jeunes, le dimanche de la Chandeleur nous apportait grande liesse. Ce dimanche-là, il était entendu que malgré la distance, nous allions tous à la grand’messe. L’église était bien à cinq milles de la maison ; mais, sur la neige durcie, nous, les petits garçons, nous jouions des jambes avec allégresse. Les filles, avec notre mère, prenaient la voiture. Elles emmenaient avec elles le plus jeune de nous, Robert, âgé de six ans. Nous nous moquions sans pitié de leur équipage : manteaux doubles, cache-nez, crémones, nuages, tourmalines, et jusqu’aux briques chaudes qui pavaient le fond de la vaste carriole rouge. Nous, nous partions par les raccourcis, avec notre père.
   Oui, ce dimanche-là, nous l’aimions particulièrement. Tout d’abord la messe était plus longue : elles étaient toujours trop courtes les messes, en ce temps où le dimanche était la journée du bon Dieu et de la famille. D’ailleurs, à l’église mieux que partout, il y avait du chant, du vrai chant, de la vraie musique, et cette odeur d’encens, odeur de paradis qui caressait nos jeunes sensibilités. Et d’entendre l’harmonium, — ils étaient si rares, — cela nous jetait dans l’extase ; d’ouïr le vieux père Zidore traîner sa voix tonitruante à travers les sinuosités vocaliques des Introït et des Graduel, à travers les Kyrie, les Gloria et les Credo, nous ravissait d’aise. Nous étions loin des chorales de mauviettes où il n’y a plus moyen de pousser une finale respectable, ni d’y aller à son aise dans le Credo du deuxième ton.
   Donc, ce jour-là, la messe était plus longue.
   Mais il y avait aussi la bénédiction des cierges. Oh ! cette bénédiction des cierges !
   En arrivant à l’église, tandis que notre père prenait sa place au banc d’œuvre, nous, les quatre garçons, nous filions à la sacristie par le “chemin-couvert”. Prestement, nous nous coulions dans nos soutanelles d’alpaga, nous nous engouffrions dans les immenses surplis d’autrefois, et vite, avec les autres enfants de chœur, nous allions contempler, tassés avec un respect de commande, près du petit autel de saint Joseph, le défilé de toute la paroisse qui venait à la sacristie chercher son cierge.
   Ce défilé ne comportait pas de protocole. Les marguilliers l’ouvraient sans doute, mais ensuite il n’était plus question de hiérarchie : les notables y coudoyaient le menu peuple. Il fallait voir le père Zidore avec sa capote en chat-sauvage extrêmement usagée et qui muait de façon menaçante ; le père Gaspard qui s’amenait en clopinant, dans ses bottines qui avaient toujours craqué ; la mère Aurélie perdue dans ses jupes losangées de carreautages si bizarres ; la tante Alexis dont le chapeau violet chargé de plumes d’autruche de même couleur, faisait l’admiration de tout le monde ; le père et la mère José, limés, usés, luisants, raidis, distants, glacés, et que, pour leur attitude confite, on appelait irrévérencieusement les “petits papes”. Quelle joie de voir apparaître la petite Esther qui traînait tous ses mouchoirs dans un énorme manchon ancestral aux couleurs indécises : ce manchon avait été du vison, de la loutre, du rat-musqué... suivant les générations.
   La fièvre nous prenait de ne rien dire devant le cortège... Mais Monsieur le curé était là !
   Le bonhomme André s’avançait ensuite, en fauchant de ses longs bras décharnés, et en clignant terriblement de l’œil : l’église l’avait toujours un peu effrayé. Suivaient… la tante Élise, femme bonne comme le jour, assuraient les voisines, mais qui aurait tondu une faïence tant elle était regardante ; la vieille Séraphine, forte en couleur sous sa capeline aux interminables gorgettes, et qui parlait en sortant la langue ; le grand Ignace Tardif qui échappait toujours toutes ses cennes à terre ; les trois maîtresses d’école, dignes, avec leurs robes quasi traînantes et leurs tresses attachées de ruban noir, (robes et cheveux n’existent à peu près plus aujourd’hui !) ; la tante Demerise en blouse d’astrakan et large comme un confessionnal !...
  S’échelonnait encore à la queue leu leu tout le rang de Beauséjour avec ses airs préhistoriques, le rang de Belair, précédé de l’oncle Francis qui avait déjà, — tout le monde le savait, — marchandé son billet à la station du Québec Central !
   Monsieur le curé, souriant, aidé du sacristain, vendait ses cierges avec une patience de saint. Il connaissait ses “âmes” et leur inestimable prix, tandis que nous…

Un moment de la cérémonie liturgique de la Chandeleur.

(Source : L'Action catholique (Québec), 7 février 1943)

   Le défilé fini, la messe commençait sans tarder. Nous suivions dans nos livres le rite de la bénédiction. Monsieur le curé allait vite. Nous avions peine à suivre la traduction écrasée en “écriture fine” dans le bas des pages. Nous pouvions comprendre que l’on bénissait les cierges pour l’usage des hommes, contre les maladies des corps et des âmes, contre les dangers de la terre et des eaux. (Le texte ne parlait pas des dangers de l’air.) Cela se faisait au nom de la sainte Vierge Marie, au nom de la splendeur de l’Esprit-Saint. On y parlait aussi du vieillard Siméon que nous étions tentés d’identifier avec le deuxième chantre du jubé, de Moïse, de ténèbres éclairées par la divine Lumière venue en ce monde pour l’enseignement des nations.
   Cette cérémonie achevée, Monsieur le curé nous donnait à chacun un cierge qu’il fallait allumer. Le sacristain, devant nos gestes gauches, venait à la rescousse avec une superbe mèche. Quand tous les cierges étaient allumés, l’on partait en procession autour de l’église. Gare alors l’escalier du chœur ! L’on était hypnotisé par la flamme toujours près de s’éteindre, et il y avait toujours des soutanes trop longues sur les queues desquelles on mettait les pieds. Je me rappelle avoir vu une fois mon cousin Arthur glisser brusquement au bas des quatre marches, à la joie scandalisée des enfants qui trônaient sur la balustrade. Ce jour-là aussi, en arrière de l’église, en tournant des piliers du jubé, le grand Grégoire avait bouté le feu dans la tête rouge-carotte du petit Phédor Tremblay. Monsieur le curé avait mis le grand niais à genoux, dix minutes, au retour, devant le buffet de la sacristie.
   La messe continuait, pieuse, à travers le chuchotement des prières. L’encens montait avec les chants à travers les colonnes qui essayaient d’être corinthiennes et vers la voûte aux mille motifs de décorations byzantines.
   Le remords nous prenait d’avoir tant ri tantôt, au défilé et à la procession. Je pensais avec terreur aux péchés probables commis devant la présence divine ; je ne savais pas, ni les autres non plus, que la malice est dans l’intention, que le style du bon Dieu canadien n’est pas le style calviniste, que l’Église permettait aux ancêtres français du onzième siècle de rire dans les temples, de s’esbaudir quand les colombes tombaient de la voûte sur les antiphonaires et le camail moiré des chanoines.
  Nous rapportions nos cierges à la maison. Notre mère les serrait, précieusement enveloppés de papier rose soyeux, dans un tiroir de sa vieille commode, près du coffret en frêne qui gardait nos documents et quelques portraits jaunis.
   Ils ne sortaient de là qu’aux heures d’affolement, quand aux mois d’été les grands orages survenaient. Car le tonnerre grondait fort chez nous. Ses échos se répercutaient effrayants le long des écores de la rivière, à travers la vallée et les bois mystérieux de Saint-Étienne. Pour calmer notre épouvante, ma mère allumait un cierge. La lueur frissonnante du flambeau bénit, bien fixé sur son bougeoir bronzé, nous rassurait. Nous nous pensions à l’église, avec la lampe du sanctuaire que notre foi naïve croyait miraculeuse. Avec mon imagination toujours en quête d’images, je revoyais les acolytes, pendant le Canon de la messe, se coller tous les doigts avec la cire brûlante et montrer avec des airs de triomphe leurs mains de palmipède aux plus jeunes ahuris. Pas de frayeur qui tienne avec ces visions !
   Longtemps chez nous, les cierges de la Chandeleur n’eurent pas d’autre office que de calmer les détresses transitoires, oubliées si vite aux premiers sourires du soleil ou des étoiles. Un jour cependant ils y passèrent tous, nos cierges, pour veiller la première agonie que voyait notre foyer. . . On les renouvela. . .
   D’eux, il ne me reste plus que deux bouts piteux de cire vieillie, durcie avec le temps ; leur mèche noire en dit long sur nos ruines familiales et me fait rêver sans fin aux Chandeleurs d’autrefois.
   
   Jean Garnier (nom de plume de l'abbé Émile Bégin)


Tiré de : revue Le Canada français, Université Laval, Québec, février 1928, p. 423-427.


Pour télécharger ou imprimer le texte ci-haut, 
cliquer sur la couverture de la revue : 



Sur la fête de la Chandeleur, voyez l'article paru 
dans le journal L'Action catholique (Québec) le
7 février 1943, en cliquant sur cette image :  



Voyez également cet article paru dans le même 
journal le 8 février 1942 (cliquer sur l'image) :

samedi 22 janvier 2022

La traversée des « câpes » (1916)

Illustration de Gérard Morisset (1898-1970), alors élève au Collège
de Lévis et qui deviendra le père de l'histoire de l'art au Québec. 
Dans le volume Compositions littéraires, publié par le Collège de
Lévis en 1917, ce dessin accompagne le récit La traversée des
câpes
, de Gérard Tremblay, qui est présenté ci-dessous.



En 1916, un étudiant du Collège de Lévis alors âgé de dix-neuf ans, Gérard Tremblay, composait un récit intitulé La traversée des câpes, qui relate le parcours en carriole, par une glaciale nuit d'hiver, entre Saint-Joachim, sur la Côte-de-Beaupré, et Baie-Saint-Paul. 

Ce récit est paru en 1917 dans un petit recueil intitulé Compositions littéraires, qui rassemble les meilleures œuvres écrites des élèves du Collège de Lévis. Ce qui frappe dans les écrits qui y sont présentés, c'est leur qualité très élevée pour des adolescents. De nos jours, il serait hélas ! impensable que des jeunes issus du réseau scolaire étatisé puissent montrer un tel niveau d'écriture et de maîtrise de la langue française ; pourtant, les homos quebecencis que nous sommes aimons nous péter les bretelles à propos des soi-disant merveilles de notre « révolution tranquille » tout en nous croyant très évolués en taxant de « grande noirceur » le Québec d'avant 1960. 

Compositions littéraires, recueil des
d'œuvres d'élèves du Collège de Lévis,
paru en 1917 et d'où est tiré le récit de
Gérard Tremblay présenté ci-dessous.

(Cliquer sur l'image pour l'élargir)
 
Nous avons cru bon de sortir de l'oubli le récit de Gérard Tremblay parce qu'il a su, dès les premières lignes, captiver notre attention. Cette lecture délectable nous rend ébahi à la pensée qu'un fils de navigateur des Éboulements d'il y a plus d'un siècle ait pu exercer un tel art de la plume. Et les talents littéraires de notre collégien furent certainement reconnus par ses pairs, car ses écrits occupent à eux seuls un bon tiers du volume Compositions littéraires.

Nous avons effectué quelques recherches afin de savoir ce qu'est devenu par la suite notre juvénile auteur. Fils d'Achille Tremblay et d'Odile Boily, il est donc né aux Éboulements le 4 décembre 1896. Après avoir fréquenté l'Académie commerciale de Baie-Saint-Paul, il fut, dès l'âge de treize ans, pensionnaire au Collège de Lévis, où il fut vite remarqué comme étant l'un des élèves les plus brillants de sa classe. Il décrocha les plus importants prix de rhétorique, et c'est avec les distinctions les plus élevées qu'il décrocha son baccalauréat ès arts. Il compléta ses études à l'Université Laval, où il obtint, encore une fois avec les mentions les plus louangeuses, sa licence en philosophie. 

Le Collège Notre-Dame de Lévis, que fréquentait Gérard Tremblay
lorsqu'il composa le récit présenté ci-dessous. 

(Source : BANQ)

Dès sa sortie de l'université, Gérard Tremblay embrassa la carrière journalistique, en faisant un stage d'une année au quotidien Le Devoir. En 1920, il fut nommé secrétaire général des syndicats catholiques nationaux de Montréal, fonction qu'il conserva jusqu'à sa nomination, en 1931, au poste de sous-ministre du Travail au gouvernement du Québec. De fait, il fut le tout premier à occuper cette fonction, qu'il quitta en 1944 pour fonder le département des relations industrielles de l'Université Laval. Il a également participé à l'élaboration d'importantes lois sociales, dont la loi sur les accidents du travail, la loi des conventions collectives, la loi d'assistance aux mères nécessiteuses, la loi des pensions de vieillesse, etc. 

Gérard Tremblay (1896-1969)

(Source : Biographies canadiennes-françaises, 1937)

On peut prendre connaissance plus en détail de l'important parcours professionnel de Gérard Tremblay et de sa contribution à la société québécoise en parcourant cet article paru à l'occasion de son décès (cliquer sur l'article pour l'élargir) : 

Le Soleil, 28 juillet 1969.

Il est à souligner qu'en 1938, Gérard Tremblay et son épouse Edna Girard ont été frappés par le deuil, alors que leur fille Jacqueline décédait : 

L'Illustration nouvelle, 2 août 1938.

Enfin, la famille de Gérard Tremblay fut durement éprouvée par le décès de celui-ci le 25 juillet 1969, deux semaines à peine après la mort de son épouse : 

Le Soleil, 14 juillet et 28 juillet 1969.

Maintenant que nous en savons plus sur notre jeune auteur et collégien de Lévis d'il y a plus d'un siècle, entreprenons la lecture de son captivant récit de son parcours du chemin des caps par une froide nuit de l'hiver 1916 : 

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La traversée des « câpes »


Un récit de Gérard Tremblay

Collège de Lévis, 1916



Avez-vous déjà traversé nos Laurentides en hiver ?... ou simplement, avez-vous déjà fait le voyage de Saint-Joachim à la Baie Saint-Paul, en passant par les « câpes », comme disaient nos anciens ?... Si non, je puis vous dire à l'exemple des Marseillais quand ils parlent de leur Marseille : « Vous ne pouvez pas mourir sans avoir vu »… C’est que la traversée des « câpes » est un splendide voyage, un voyage qui vous laisse dans la mémoire et l’imagination des spectacles si grandioses, que vous ne pouvez en perdre le souvenir…

Au Canada, la nature a été largement prodigue de ses beautés ; non pas qu’elle nous ait donné un climat enviable, ou qu'elle y fasse croître la végétation luxuriante que l’on rencontre aux tropiques ; mais elle a taillé magnifiquement nos montagnes : elle leur a donné un air sauvage, superbe de splendeur. La rive nord de notre fleuve surtout, avec ses Laurentides trapues et ondulées a été généreusement partagée…


* * *

Il y à quelques semaines, je fus appelé à me rendre à la Baie Saint-Paul. À vrai dire cela ne me souriait pas. La perspective d’une quarantaine de milles à parcourir en simple carriole, par un froid sibérien, me donnait quasi la chair de poule. Tout de même, je partis. De Québec à Saint-Joachim, naturellement, le voyage ne fut pas dur ; il y a un service de tramways électriques.

Mais, le progrès, hélas ! n’a pu pénétrer plus loin et l’antique carriole devient alors le seul moyen de locomotion.

On était alors vers le soir et je me demandais si j'allais m'aventurer à faire le voyage de nuit. Heureusement un charretier, devinant mon indécision, m’offrit ses services. Nous partirions le soir même ; les chemins étaient beaux ; il n’y avait pas à craindre la neige non plus que le froid ; enfin, je pouvais m’aventurer sans crainte. L'important était de m’habiller bien chaudement.

Va sans un dire que j'acceptai son offre. Et ainsi, après un substantiel souper pris à l'hôtel Simard, je m'installai confortablement sur le siège presque moelleux de notre carriole. Le temps n’était pas absolument froid ; à peine une petite brise de nordet m’effleurant le bout du nez, car je n'avais que cela d’exposé à l'air ; je m'étais, comme on dit, encapoté jusqu'aux oreilles.

Notre cheval était une bonne bête ; c’était un routier, un expérimenté dans la traversée des caps. Il partit bon train, et ainsi, nous fûmes bientôt rendus en pleine côtes de Saint-Joachim. Les Laurentides, en cet endroit, font une pente excessivement raide, et le chemin abrupt qui les monte en travers est bordé d’un côté par le flanc de la montagne et de l’autre par un quasi-précipice, ce qui présente un coup d’œil très pittoresque.

Les étoiles venaient de s’allumer au firmament : un ciel bleuâtre, presque clair, d’apparence frileuse, s’ouvrait au-dessus de nos têtes. Au tournant du chemin, au loin, un peu au-dessus de l'horizon, j’aperçus tout à coup une lueur vague, immense, comme celle que produirait un vaste incendie dans le firmament ; c'était Québec avec ses mille lumières, qui se reflétaient dans les couches atmosphériques. Par malheur, la vision fut de courte durée, car nous lui tournâmes le dos pour filer rapidement vers Saint-Tite. 

De temps à autre, apparaissait, sur le bord de la route, une maison de ferme faiblement illuminée, aux châssis de laquelle on voyait parfois se profiler une ombre mouvante et indécise. Partout, le silence du soir. À peine quelques fois, à la rencontre d’une ferme, entendions-nous les aboiements lugubres, presque impressionnants, des chiens de garde. À part cela, tranquillité complète. C’est que là-bas, les gens se couchent de bonne heure ; c’est que par là le cultivateur, après avoir bûché toute une journée dans le grand bois, n’est pas en veine de passer la nuit blanche. Le plus souvent, après avoir pris son souper et remercié Dieu avec sa famille des grâces accordées pendant le jour, l’habitant fume tranquillement quelques bonnes « pipées » de tabac près du gros poêle à deux ponts, puis vers les neuf heures, s’en va se reposer des fatigues du jour. À rares intervalles, une « veillée de cartes » chez le deuxième ou troisième voisin qui se trouve à un mille de distance.

J'étais encore sous l'impression que me causait la poésie délicieuse d'une vie aussi rustique, lorsque le clocher de l’église de Saint-Tite m’apparut dans la pénombre.

Clair de lune à Saint-Tite-des-Caps,
œuvre d'Albert H. Robinson (1929).

(Source : Musée des beaux-arts du Canada)

Mon charretier tout à coup, gratifia d’un magistral coup de fouet son cheval qui pourtant avait bonne allure. Comme on le devine, la bête prit au grand trot et ainsi quand nous passâmes à travers Saint-Tite, j’eus peine à entrevoir l’église et quelques maisons. Au fond, mon charretier n'était qu’un vaniteux... Il ne « poussait » son cheval que dans certains parages plus habités, et c’est ce qui explique sans doute que nous ayons passé si rapidement le village de Saint-Tite.

Les grelots, alors secoués plus rudement, donnaient leur bruit maximum ; et les gens du lieu, piqués de curiosité, regardaient par les fenêtres de leur maison qui pouvait bien mener si rondement.

Sans doute, dans la pensée de mon charretier, ils devaient dire : « Quel bon p'tit cheval ! C’est vraiment plaisant pour lui de mener la voiture avec ça ! »

Cette louange escomptée semblait gonfler d'orgueil mon charretier. Il était là, droit comme un « i », sur le devant de sa carriole, tout emmitouflé dans son capot de poil jaune clair, et superbe de satisfaction. Un moment, il ne put s'empêcher de me communiquer ses réflexions :

― Ça marche ce petit cheval là, eh Monsieur ?...

Et moi de répondre : « Jamais, je n’ai vu si vaillante bête ».

― « Ah! repartit mon homme, il a déjà été bien meilleur que ça ; tenez, il y a deux ans, ça descendait à la Baie dans cinq heures ».

Je repris : « Vous pouvez être content de votre cheval ; je m’y connais en chevaux — ce qui n'était pas vrai — et je vous assure qu’on en rencontre rarement comme le vôtre ».

— « Sapristi, oui, vous avez raison. Regardez les oreilles, comme elles sont droites ! C’est pas fatigué du tout... »

Et mon bavard de faire claquer les guides sur le dos du cheval, pour rendre encore plus sensible l'allure déjà rapide.

Nous traversions alors les Chenaux, un large plateau exposé à tous les vents. Les Chenaux ont la réputation d’être l’endroit le plus froid de tout le chemin des caps, et ce soir-là ils ne perdirent pas leur renommée. La brise de nordet, calme vers le soir, avait peu à peu augmenté de force. Et l’air sec, pénétrant, d’une nuit de février qui s’y ajoutait me faisait grelotter.

Heureusement, dans quelques minutes, nous allions « prendre le bois », et rien de meilleur que les sapins touffus pour enrayer un nordet ! De plus, il y a un remède facile quand on est « gelé » ; c’est de marcher sur ses deux jambes un bout de chemin. On n’a pas fait cinq minutes cet exercice-là que les sueurs commencent à perler sur le front. C’est ce que je fis, et bientôt je fus complètement dégourdi...

En somme, je m'étais presque ennuyé dans cette première partie du voyage. Rien de bien amusant en effet de parcourir cette vaste plaine blanche qui se déroule sans cesse avec le même décor ; d’un côté, de lointaines montagnes qui s’estompent vaguement sur un ciel grisâtre, et de l’autre, un horizon sans contraste s'étendant à perte de vue !

Pour vous distraire, la chanson aigre et monotone des grelots endiablés que vient accompagner la lugubre et gémissante musique des fils télégraphiques sous la poussée du vent !...

Le reste de la traversée s’annonçait plus poétique, plus agrémenté, car il devait se faire en plein bois.

Sur une largeur d'environ cinq lieues, comprenant une faible partie de Montmorency et une assez considérable de Charlevoix, s'étend une immense forêt d’épinettes et de sapins. Le chemin des « câpes » la traverse dans toute son épaisseur ; c’est l'endroit pittoresque par excellence…

Je me souviens encore de l’émotion qui m’envahit lorsque nous pénétrâmes pour de bon dans le grand bois. De chaque côté du chemin, de gigantesques épinettes noirâtres, touffues, se serrant les unes aux autres, formaient deux longs murs uniformes se découpant par leur sommet sur la voûte bleu-sombre du ciel... ; on aurait dit les parois d’une gorge étroite au fond de laquelle nous avancions… En se penchant un peu sur le bord de la carriole pour éviter le charretier qui obstrue la vue, l’on voit la longue route blanche se prolonger en face en un long ruban d'argent, pour aller se confondre au loin avec l'horizon. Au-dessus de nos têtes, formant un agréable contraste, une large bande bleue toute parsemée d'étoiles ; la cime dentelée des sapins en délimite l'étendue.

Et pendant que je m'amuse à contempler cette merveilleuse nature, la carriole file rapidement dans la grande forêt... Nous sommes maintenant au pied de la côte à «  MacLean ». Notre cheval est au pas, car la côte à « MacLean » n’est pas une côte ordinaire ; elle est croche, abrupte, longue, enfin tout ce qui rend une côte difficile à monter. Mais les petits chevaux de par là-bas ont, comme on dit, du cœur au ventre... et ainsi, malgré la distance déjà parcourue, notre « Jimmy » nous grimpa en haut, tout d’un trait...

Assez souvent, comme pour jeter un peu de variété sur notre voyage, nous avions à rencontrer… oui, à rencontrer... et ce n’est pas une petite affaire !... Le chemin des caps est tout juste assez large pour une seule carriole. Alors, quand il y a rencontre, il faut qu’une des deux voitures — ordinairement — la moins chargée prenne le côté du chemin, et le côté du chemin, c’est la neige, et la neige, c’est l’enlisement jusqu’au poitrail des chevaux.

D'abord, selon toute prudence, les charretiers vont sonder l'endroit choisi pour faire passer l'équipage ; ils le pilassent du mieux qu'ils peuvent, sans se soucier de la neige qui leur monte souvent jusqu'à la ceinture. Puis alors, quand le nouveau bout de chemin est assez battu, on risque la voiture. Le cheval s’enfonce. Tout surpris, tout navré par la neige, il la renâcle de ses naseaux couverts de givre; il secoue rageusement sa tête altière, se dresse sur ses jambes d’arrière, avance par bonds, puis enfin dans un dernier élan, revient sur la route. La rencontre est terminée ; dans quelques minutes sans doute, on en fera une nouvelle.

Il est tout à fait curieux comme l’on tient à identifier ses compagnons de voyage ; chose bien inutile cependant, car on ne les connaît pas, et les connaîtrait-on que les larges « nuages » dont leur tête est entortillée nous empêcheraient d’y voir clair… Tout de même, en vertu de la sympathie qui existe entre les voyageurs de longue route, on risque un « Bonsoir » amical, et presque toujours des lèvres figées par les froid s’entrouvrent pour laisser échapper une réponse.

Quant aux charretiers, qu'ils se connaissent ou non, c’est sans cesse la même question :

― « Les chemins sont-ils beaux par en bas ? »

― « Ben, pas trop pire ! Et par en haut ? »…

― « Ça boulonne  un peu, mais ça passe ; il y a quelques bancs de neige dans les Cheneaux, mais la malle les a battus passablement ».

Chaque voiture ensuite prend sa direction. On entend le bruit d’abord distinct des grelots diminuer petit à petit, pour enfin s’évanouir complètement à un tournant du chemin.

Sur une aussi longue route en carriole, par un temps qui se refroidit à mesure que la nuit s’avance, on a beau être chaud comme un poêle et couvert d’épaisses peaux d'ours, le froid parvient toujours à s’infiltrer, à faire grelotter impitoyablement ceux qu'il pénètre ; et je commençais à m’apercevoir de cela !...

Le fameux remède d’un bout de chemin parcouru sur mes deux pieds ne me souriait plus ; je me sentais trop engourdi. Il était donc temps que nous arrivions à la « Barrière ». La « Barrière », c’est tout simplement un poste de repos, où l’on se refait quelque peu des fatigues subies pendant quatre heures de cahotage, et où surtout l’on s’approvisionne de chaleur pour le reste de la traversée.

Toujours est-il que j'avais grand hâte d’arriver à cette fameuse « Barrière ». Mon charretier me disait qu’on y arrivait, et dame !... on n'y arrivait jamais !...

C'était désespérant. Pour me faire oublier que j'étais gelé, je passais le temps à regarder, de chaque côté de la route, au pied des épinettes géantes, de petits arbrisseaux touffus, tout couverts de neige et revêtant des formes fantastiques. On eût dit des sentinelles enveloppées d’une épaisse pelisse blanche et faisant la garde dans ces parages. Parfois même, ils prenaient des aspects de bêtes fauves, de gros ours blancs qui nous attendaient au bord de la route pour se jeter sur nous ; vraiment, si j'avais eu cinq ans, j'aurais presque eu peur. Mais aujourd’hui tout cela me faisait rêver...

Un long « wôôô !... » de mon charretier me ramena brusquement à la réalité. Enfin, nous étions rendus à la « Barrière » !... Deux maisons superbement encadrées par la forêt sauvage avec quatre ou cinq carrioles devant leurs portes, voilà ce que j’aperçus. Détail délicieux toutefois que j'allais oublier, les cheminées lançaient dans la pénombre de la nuit une abondante boucane blanchâtre, indice d’une non moins abondante attisée de bois dans les poêles...

J'étais affreusement paralysé par le froid... si bien que j’eus toutes les misères du monde à sortir de voiture et à faire les premiers pas. Mais cela revient vite, et tandis que mon charretier s’apprêtait à dételer son cheval, je fis mon entrée au poste. Par là-bas, on reçoit délicieusement, et tout charmé je fus de me voir si bien installé en pays si sauvage ; gentille bâtisse, bon poêle, confortable berceuse, enfin presque du luxe...

Dans une salle attenante à celle où je me trouvais, on discutait ferme, et je vous assure que cela semblait chaud !... Les phrases, les bouts de phrases, émaillés de quolibets de toute espèce pleuvaient, s’entrechoquaient de plus belle. Je fus piqué de curiosité, et je m’avançai dans l’encadrement de la porte pour être témoin de cette échauffourée. À prime abord, j'eus la sensation que la bataille oratoire était finie ; en effet, plus un mot, plus un bruit.

Cependant, tous les regards de ceux qui faisaient rond dans la cuisine — car la salle attenante était une cuisine — se tournaient vers une espèce de petit vieux au teint rougeaud, qui se tenait debout près de la table ; dans le moment, le petit vieux allumait sa pipe de plâtre avec un air rageur, un air d'homme qui a l’envie de parler et de faire la loi à ceux qui l’écoutent. C'était le cas pour lui...

— « Ah ! tornon !... oui, dit-il avec véhémence en branlant sa petite tête grise, ça me coûte pas de gager cinq piastres avec toé, Ti-Louis, que t’es pas capable de me suivre avec ta jument... Ta jument, elle n’a jamais pu monter à Saint-Joachim dans cinq heures comme t’as dit !... Tu veux nous bourrer !... Le plus qu’on peut faire, je l’ai fait : c’est de monter dans cinq heures et demie !... »

Le petit vieux, content, presque enorgueilli de sa passe d’armes, jeta un coup d’œil victorieux sur ceux qui l’entouraient. Et celui qui devait être Ti-Louis de riposter avec entrain :

— « Ta, ta, ta, excite-toé pas, mon Jos, on sait comment tu mènes ! T’a montée dans cinq heures et demie, je l’avalerai pas comme ca !... C’est toujours point avec le cheval que t’as là que t’as fait ta montée ; il n’est pas capable de prendre le petit trot sans se cramponner jusqu’au sang !... Pour moé, j'suis ben prêt à gager n'importe quoi avec n'importe qui d’ici, que j'ai monté dans cinq heures... Si vous me croyez pas, demandez-le à Charles à Ti-Jean qui m'’accompagnait !... »

Le petit vieux n'avait rien à rétorquer qui pût désarçonner complètement son adversaire. Il se contenta de prendre un air gouailleur et de balbutier : « Tu m'empliras pas, Ti-Louis ». Puis il s’esquiva rapidement de la cuisine, sous prétexte qu'il lui fallait aller voir son cheval, sans doute parce qu'il se sentait battu. Quant à Ti-Louis, satisfait de sa victoire, et tout en chargeant sa pipe, il continua :

— « Ce vieux démon de Jos à Philibert là, ça fait rien que de se vanter quand c’est pas le temps !... Je te l’ai mis à sa place, va ! »

Et comme tout était devenu tranquille, je me retirai près du poêle, me réinstallai dans la berceuse que je venais de quitter et bientôt, sous la main caressante de Morphée, je m’endormis profondément...


* * *

Il était bien quatre heures du matin quand mon charretier vint m’avertir qu'il allait réatteler son cheval et que dans quelques minutes, nous allions continuer le voyage. Je remis mes vêtements chauds et je me risquai le nez dehors. Je vous certifie que le temps n’était pas chaud... La neige grinçait sous mes pas ; elle rendait un son aigre, presque sinistre et quand la neige se lamente ainsi, lorsqu'on la piétine, c’est un signe évident qu’il fait un froid de pôle nord...

Cependant, rien à craindre pour moi... du moins pour le moment, car va sans dire que j’avais fait des provisions de chaleur durant mon petit séjour à côté du poêle...

Depuis la « Barrière » jusqu’à la Baie, il y a dit-on, cinq lieues bien comptées : deux qui se font dans le grand bois et le reste en pays défriché. La « Barrière » est juchée très haut dans nos Laurentides, à deux mille pieds au-dessus du Saint-Laurent, je crois ; quant à la Baie, elle est quasi au niveau du fleuve et par conséquent, si l’on veut s’y rendre, l’on doit descendre de nombreuses côtes. Elles ne se ressemblent pas toutes : il y en a de longues, de courtes, d’abruptes, d’insensibles, enfin pour tous les goûts. Les unes détalent à travers un pays triste, morne, jalonné à rares intervalles d’une maison de forme délabrée. D’autres, par contre, sont pittoresquement situées ; elles tranchent en plein sur les pentes escarpées de la montagne toute couverte de sapins et de bouleaux ; tantôt elles vont en zigzaguant sur un plan trop incliné, tantôt elles se présentent droites et régulières plongeant à perte de vue dans les profondeurs de la forêt.

 La « Barrière » se trouve à peu près au juste milieu de la large étendue que traverse le chemin des caps, et ainsi, comme je l’ai dit plus haut, nous avions encore deux bonnes lieues pour atteindre l'extrémité du bois. La route qui sillonne ce dernier bout de forêt dégringole en pente raide, et l’on peut s’imaginer que dans une telle descente, les chevaux ne tirent point d’arrière.

Nous quittâmes donc la « Barrière » au grand trot. On ne saurait se faire une juste idée de l’exquise douceur que l’on trouve à se sentir entraîné, avec une vitesse uniforme dans une côte qui semble ne devoir jamais finir. Je crois revivre encore cette sensation curieuse, grisante, que l’on pourrait comparer à celle du vide, qui rend presque mal, mais dont on ne saurait tout de même se dégoûter. Notre cheval, ivre de vitesse, les naseaux au vent, filait comme une flèche ; son trot, saccadé à de certains moments, soulevait derrière lui des nuages de poudrerie, et parfois il arrivait que je fusse tout navré par cette avalanche de poussière neigeuse.

À gauche, à droite du chemin, je voyais se confondre en un mur noirâtre la bordure d'épinettes ; les innombrables poteaux de téléphone et de télégraphe défilaient rapidement sous mes yeux, et par un drôle de phénomène, j'étais porté à croire que, devenus animés, ils grimpaient les côtes que nous descendions...

Une demi-heure s'était à peine passée que nous avions atteint la fin du bois. Tout près de l’endroit où le chemin débouche sur un plateau dégarni, s'élèvent quelques rustiques maisons ; mon charretier nous arrêta à l’une d'elles pour y faire boire son cheval.

Maintenant, la route s’allongeait en face de nous et se confondait à courte distance avec la blancheur des lieux environnants, Par bout, n’eût été la balise de sapins qui indique où le chemin passe, nous nous serions fourvoyés certainement, car le nordet, insensible dans la forêt et violent dans la plaine, avait couvert l’endroit d’une couche de neige assez épaisse pour ralentir la marche de notre cheval.

Les premières habitations que nous rencontrâmes après celles de la sortie du bois, appartenaient au « grand chemin » ; le « grand chemin », c’est une triste concession encadrée par un paysage aussi triste qu'elle !... Trois pauvres bicoques abandonnées forment sur une distance de plusieurs milles les seules beautés que l’on y rencontre.

Après le « Grand Chemin », Saint-Jean presque aussi ennuyant que son voisin. Une dizaine de maisons bâties en pièces de bois grossièrement blanchies à la chaux, voilà tout !... aux environs, des ravins, puis des coteaux d’où surgissent de ci, de là, des touffes d’épinettes et de sapins ; puis plus loin, à la ligne de l’horizon, les cimes bleues des Laurentides.

Vient ensuite Saint-Antoine, un petit bourg d’une trentaine de maisons assez bien bâties, mais parfois peinturlurées avec plus ou moins de goût. Les gens de par là sont entichés de couleurs voyantes ; le rose tendre, le rouge vif, le blanc lis, le vert foncé se rencontrent parfois sur un même côté de maison... L'ombre de la nuit, qui commençait à se dissiper et le crépuscule du matin qui se levait, me permettaient de voir ces quelques originalités villageoises.

Nous avions laissé la « Barrière » depuis deux heures déjà ; ma montre en marquait six. Le vent, devenu moins fougueux à mesure que nous dévalions vers la plaine, apportait de l’horizon encore lointain un bruit de cloches ; c'était l’Angélus qui sonnait à la Baie. Nous arrivions au terme du voyage.

Du sommet d’une colline que nous venions de grimper, je voyais au bas d’une large vallée, se dessiner le long clocher de l’église ; un peu à côté, perçant la nuit blanchâtre, celui de l'immense hospice de Sainte-Anne. Tout autour, comme des poussins groupés près de leur mère, les habitations nombreuses qui forment le quartier central de la ville.

Et pour servir de cadre à tout cela, les Laurentides teintées de bleu d’un côté, et de l’autre le Saint-Laurent dont la surface glacée empêche d’en admirer la beauté. En été, ce coup d’œil doit être superbe ! Il me semble voir cette nappe d’eau lançant des reflets d’or sous les rayons du soleil levant, et tout au beau milieu, l’Ile-aux-Coudres qui doit apparaître comme une corbeille de verdure flottant sur une mer tranquille…

D'un coup, ma vision s’éclipsa. Nous descendions la dernière côte, et nous étions bel et bien rendus à la Baie.

« Enfin ! m'écriai-je en descendant à l'hôtel dix minutes plus tard, voilà un voyage dont le souvenir me restera gravé longtemps ! »  

Et en effet, il y avait de quoi : de grandes fatigues, du froid sibérien, ça frappe les sens... Mais aussi la mémoire ; et surtout, une nature comme celle que je venais de contempler et d'admirer, une nature qui résume pour ainsi dire toutes les beautés sauvages de notre pays, imprime dans l’imagination de tels spectacles, de telles merveilles, que jamais, dut-on vivre cent ans, on ne peut les oublier...

   Gérard Tremblay
   Philosophie, mars 1916
   Collège de Lévis.


Tiré de : Compositions littéraires, Collège de Lévis, 1917, p. 35-54.