dimanche 17 novembre 2019

Quand un vieux livre se révèle un document patrimonial

Les trois personnages ci-haut sont, de gauche à droite :

Charles de Bonnechose (1833-1918), historien et membre du Conseil d'État de France ;
Pierre J.-O. Chauveau (1820-1890), promoteur de l'instruction publique, écrivain et
premier Premier ministre du Québec de 1867 à 1873 ;
Louis-David Roy (1807-1880), écrivain, juge et oncle maternel de P. J. O. Chauveau.

(Sources des illustrations : 

Charles de Bonnechose : Famille Portalis ;
Pierre-J.-O. Chauveau : Répertoire national, 2e édition, 1893, vol. 3 ;
Louis-David Roy : Pierre-Georges Roy, Les juges 
de la province de Québec, Québec, 1933, p. 481)



Quand on met la main sur un livre ancien, il est souvent utile d'examiner de près certains éléments et indices qu'il peut contenir et qui, après les recherches appropriées, peuvent faire de ce même livre un document des plus précieux, sinon une pièce d'importance patrimoniale. 

C'est le cas d'un exemplaire acquis il y a quelques années à la sympathique Librairie Laforce, rue Saint-Jean à Québec, où on trouve toujours, à très bon prix, une foule de documents et livres susceptibles de faire les joies et délices des amateurs d'histoire québécoise, d'un livre paru en 1877 en France et dont le titre est Montcalm et le Canada français, un essai historique de Charles de Bonnechose (1833-1918).

Examinons en premier lieu la page de faux-titre du livre en question : 



(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


On y voit d'abord la dédicace manuscrite de l'auteur, Charles de Bonnechose, adressée à Pierre-J.-O. Chauveau (1820-1890), écrivain, promoteur de l'instruction publique et qui fut le premier à avoir occupé, de 1867 à 1873, la fonction de premier ministre du Québec. 

Puis, plus bas, on aperçoit que Chauveau a écrit un ex-dono : « À mon cher oncle David », signé de ses initiales et daté du 20 mars 1878. 

Mais qui est donc ce « cher oncle David » ? On le découvre juste après dans le bouquin, à la page de titre : 

(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

On y remarque la signature, cette fois-ci complète, de Pierre-J-O. Chauveau, qu'il a datée de 1877, soit l'année où Charles de Bonnechose lui a envoyé son ouvrage.  Et juste à droite, on y voit une autre signature, dans laquelle le patronyme « Roy » se distingue nettement. 

Et ce « Roy », c'est précisément le « cher oncle David », lequel était le frère de Marie-Louise Roy, mère de notre premier Premier ministre. Louis-David Roy (1803-1880) était un écrivain et un avocat et juge influent à son époque. (À noter que le site Biographi.ca a omis de mentionner que Louis-David Roy était l'oncle de Pierre-J-O. Chauveau, n'en faisant que « l'un de ses amis ». Une note a été dûment envoyée au site afin que soit effectuée la correction nécessaire). 

On comprend donc avec tous ces indices mis en cohérence qu'en 1878, Chauveau a fait cadeau à son oncle Louis-David Roy du livre que l'historien français Charles de Bonnechose lui avait adressé l'année précédente.

Pour les gens qui auront la saine et enrichissante curiosité d'en savoir plus sur cet important ouvrage de Charles de Bonnechose qui permet de comprendre le rapport entre le valeureux marquis de Montcalm et notre histoire nationale, on peut ICI le télécharger gratuitement.

Et pour celles et ceux qui pousseront la curiosité, encore ici bienfaisante, jusqu'à vouloir connaître l'importante famille qu'étaient pour la France les de Bonnechose, cliquer ICI

Enfin, pour un aperçu du caractère cordial de la relation qu'entretenaient Charles de Bonnechose et Pierre-J.-O. Chauveau, on peut, dans un autre vieux livre, consulter avec profit l'intéressant et éclairant chapitre intitulé « M. Chauveau et l'idée nationale », aux pages 178-215 de Conférences et discours (pour le télécharger gratuitement, cliquer ICI), publié en 1899 dont l'auteur est l'abbé Gustave Bourassa (1860-1904), petit-fils de Louis-Joseph Papineau, fils du peintre et architecte Napoléon Bourassa (1827-1916) et frère aîné du célèbre homme politique et tribun nationaliste Henri Bourassa (1868-1952), dont nos contemporains connaissent au moins (!) le grand boulevard et la station de métro portant son nom à Montréal.  

On y lit notamment cet extrait d'une lettre de Charles de Bonnechose à Pierre-J.-O. Chauveau :

« J'ai toujours un œil ouvert du côté du Canada. Cet œil pourra-t-il jamais voir que des livres ou des lettres de mes chers amis d'Amérique ? Veuillez croire, cher monsieur, que, parmi ceux-là, il n'en est aucun à qui j'aimerais mieux serrer la main qu'à vous. Par-dessus la mer, je vous tends la mienne, avec l'expression de ma vive sympathie et de mon entier dévouement » (p. 196). 

L'abbé Gustave Bourassa (1860-1904), auteur de Conférences et discours.

(Source de la photo : Archives de la Ville de Montréal)


MORALE DE L'HISTOIRE

Quand vous avez la chance de mettre la main sur de vieux livres, a fortiori quand vous avez le privilège de les posséder, examinez toujours soigneusement les indices qu'ils contiennent souvent quant à ceux qui en ont été les propriétaires. De nos jours, il est relativement facile, grâce à l'Internet, de trouver des renseignements fort utiles à cet effet.

Vous seriez étonnés du nombre de livres dont la valeur, notamment pour notre histoire et notre patrimoine, est ignorée, faute que quelqu'un ait pris soin de faire les vérifications et recherches requises. Et c'est comme ça, par pure ignorance et/ou déplorable négligence, que disparaissent trop souvent des pièces pourtant précieuses de notre patrimoine national.