dimanche 15 octobre 2017

Charles-Marie Ducharme : un éveilleur qui confrontait notre « indifférentisme littéraire »

Charles-Marie Ducharme (1864-1890)

(Source : BANQ
)

Ces Glanures ont jusqu'à présent mis en relief plusieurs personnages historiques québécois, dont la plupart restent malheureusement trop méconnus, qui se sont efforcés d'interpeller leurs compatriotes afin de les sortir de la torpeur intellectuelle et de l'inculture qui, de leur temps comme du nôtre, ont permis de maintenir notre peuple dans l'assujettissement politique. 

Ainsi, les François-Xavier Garneau, P.-J.-O. Chauveau, Félix-Emmanuel Juneau, Louis-Philippe Turcotte, Ernest Gagnon, Napoléon Legendre, Honoré Mercier, Félix-Gabriel Marchand, Sylva Clapin, Pamphile Le May, Hubert LaRue, Eva Circé-Côté, Jules Fournier, Olivar Asselin, Armand Lavergne, Paul-Émile Lamarche et, plus près de nous, Hermas Bastien et Pierre Baillargeon, ne sont que quelques-uns parmi ceux qui auront cherché à éveiller le peuple québécois en le conviant à sortir de la paresse intellectuelle qui, depuis trop longtemps, tue notre nation à petit feu. 

Et, contrairement aux sottes prétentions de ces bien-pensants semi-lettrés et surmédiatisés selon qui le Québec d'avant 1960 n'aurait été que « grande noirceur », la soi-disant « révolution tranquille » n'a rien changé à cette inculture généralisée, comme on ne le constate que trop de nos jours où le simple fait d'être attaché à notre langue et à nos racines françaises, donc à ce qui féconde la culture d'ici, est vu comme une tare honteuse que des blablateux aussi ignares qu'arrogants qualifient stupidement de « xénophobe ». 

Donc, contrairement aux affirmations de plusieurs sots, le Québec cultivé et éclairé est venu au monde bien avant 1960. En effet, dans les divers milieux qui composaient la société d'alors on y a toujours trouvé de nombreux esprits allumés qui prônaient l'appropriation par notre peuple de la culture, des arts et des sciences, et pour qui l'instruction était une nécessité vitale pour assurer l'avenir de la nation française d'Amérique. 

L'un des plus ardents défenseurs de l'éveil intellectuel des Canadiens-français — tel qu'on nommait les Québécois d'alors — était un jeune écrivain que la mort a frappé alors qu'il n'avait à peine que 26 ans. Le 7 novembre 1890, en effet, mourait à Montréal Charles-Marie Ducharme, qui était vu comme l'un des esprits et talents les plus brillants et prometteurs de son époque. Comme on le constate dans les commentaires et articles publiés par les journaux à l'occasion du décès de ce jeune homme, cette perte fut douloureusement ressentie par les artisans et adeptes de notre littérature nationale alors en gestation.  

Né le 29 janvier 1864 de parents cultivateurs établis à Trois-Rivières, Charles-Marie Ducharme a étudié au Collège Sainte-Marie, à Montréal, et devint notaire, une profession qui ne tarda pas à l'ennuyer et qu'il quitta pour se consacrer à temps plein aux Lettres. Il a publié un grand nombre d'articles de critique littéraire ou politique, de poèmes, contes et autres textes dans de nombreux journaux et revues, en plus d'avoir pu faire paraître, peu de temps avant sa mort, un recueil de ses meilleurs écrits, intitulé Ris et Croquis, devenu depuis longtemps une rareté mais que l'on peut télécharger gratuitement ICI. 

Ces Glanures ont donc l'honneur de vous permettre de faire connaissance avec Charles-Marie Ducharme, d'abord en reproduisant ci-dessous trois articles parus à l'occasion de sa mort et qui permettent de mesurer l'ampleur de la perte que cette disparition beaucoup trop prématurée a imposée à notre littérature nationale. 

Puis vous pourrez découvrir la pensée de ce jeune homme remarquable dans un article où il s'en prend à ce qu'il appelait « notre indifférentisme littéraire », dont le texte est inclus dans son livre Ris et Croquis et que nous reproduisons intégralement au bas de la présente Glanure. 

Chose certaine, vous comprendrez à cette lecture pourquoi il est important de sortir des oubliettes un compatriote d'une telle stature et dont la courte vie aura été un effort aussi admirable qu'acharné pour nous extirper de notre débilitante torpeur culturelle et intellectuelle. 


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Charles-Marie Ducharme 

par l'abbé Frédéric-Alexandre Baillairgé


L'abbé F.-A. Baillargé (1854-1928)

(Source : Biographies canadiennes-

françaises, 1926, p. 325) 


« Le 10 novembre 1890 voyait s'éteindre à Montréal, à l'âge de 26 ans, un jeune homme dont la force intellectuelle promettait beaucoup pour l'avenir. Charles M. Ducharme devait comme sa mère mourir de consomption. 

Fils d'un riche cultivateur de la banlieue des Trois-Rivières, il fit son cours complet chez les Révérends Pères Jésuites à Montréal, et devint notaire. Ce jeune homme était doux, tranquille et studieux. Son âme cependant ne manquait pas d'ardeur, mais son tempérament plutôt faible ne se prêtait pas à une grande activité physique. Lorsque la piété, le talent et le travail se trouvent réunis dans une existence, il y a toujours, si les circonstances fâcheuses de la vie n'y mettent pas obstacle, une riche effloraison. On trouvait tout cela chez Ducharme. 

Si les grandes pensées viennent du coeur, les pensées justes procèdent et de la pondération du jugement et de l'esprit d'observation. Ducharme était un observateur. C'est qu'il avait étudié en cherchant à se rendre compte des choses. Les jeunes gens de nos jours ne cherchent pas assez à voir la raison des choses, c'est ce qui fait que tant d'écoliers médiocres restent des hommes médiocres. On ne peut chercher la raison des choses sans développer en soi l'attention. L'attention continue, qui devient facile par habitude, c'est l'esprit d'observation. Notre jeune ami réfléchissait sur ce qu'il voyait. La réflexion est ce qui donne avant tout la maturité : elle est au jugement ce que le soleil est à la végétation. 

Notre jeune notaire n'ayant point du reste à se préoccuper du côté matériel de la vie, fit bientôt des lettres sa profession. Les revues et les journaux du pays ont publié un grand nombre de ses articles. 

En 1889, il lançait son premier ouvrage : Ris et Croquis. Ce volume restera. Il renferme de grandes vérités et d'excellents conseils. 

Il donna dans la suite dans le National de Montréal une série d'articles sur la littérature au Canada de 1880 à 1890. Il y a là beaucoup de travail et de justes appréciations. Cette petite histoire littéraire sera publiée un jour si jamais nous trouvons un 100 piastres, et la permission. D'autres articles ont fait suite. 

Ce travailleur laisse beaucoup de pièces inédites ; elles sont entre les mains de M. Pierre Bédard qui les réunira en un volume. (Note des Glanures : cette publication n'a jamais eu lieu). 

Ducharme visait tout d'abord à dire vrai. Le travail de la forme ne venait qu'ensuite. Il parlait avec une grande autorité, parce qu'il parlait avec connaissance de cause. 

On peut lui reprocher d'avoir été parfois trop rude. Il lui est arrivé aussi, assez parfois, de se perdre dans l'amplication et de ne pas arriver assez vite au sujet. Cela devait disparaître avec le temps : le tour alerte de sa phrase l'annonçait déjà. 

Le grand mérite de M. Ducharme, c'est d'avoir fait de la véritable critique littéraire. De l'encens, lorsqu'il en fallait, mais aussi le coup de bâton lorsque la circonstance l'exigeait. 

La science est une grande chose, mais la vertu l'emporte encore en excellence. Ducharme était bon dans toute la force du mot. Il avait su conserver la piété de sa jeunesse. Un de ses parents nous écrivait : 

« C'était un jeune homme d'un grand talent. Il lisait et écrivait beaucoup. Il ne sortait jamais sans une raison d'utilité. Il ne parlait jamais en mal de son prochain. C'était un jeune homme accompli. Il était malade depuis le mois d'avril dernier ; il était allé voir ses parents aux Trois-Rivières, et c'est là qu'il a pris le rhume qui devait le conduire au tombeau. Il s'attendait à mourir. Il était bien résigné. Il est mort comme il avait vécu, en vrai chrétien. Il a conservé sa connaissance jusqu'à la fin. [...] ». 

Ducharme avait beaucoup d'amis. Grande fut parmi nous la désolation à la nouvelle de sa mort. Plusieurs ont voulu lui consacrer quelques lignes, entre autres : Rodolphe Brunet dans le Monde Illustré du 22 novembre, J. M. Denault dans le Glaneur, et Ludovic dans le Recueil Littéraire. 

La Providence, espérons-le, donnera à Charles M. Ducharme des successeurs qui marcheront comme lui dans le sentier du vrai, du beau et du bien ». 


Tiré de : Félix-Alexandre Baillairgé, La littérature au Canada en 1890, Joliette, 1891, p. 342-345.


Livre de l'abbé F.-A. Baillairgé, d'où est
tiré l'hommage funèbre qui précède.

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Charles-Marie Ducharme : 
Mémorial nécrologique

par Jules Saint-Elme 
(nom de plume d'Amédée Denault)


« Le Glaneur est encore à son berceau et déjà, tout auprès de lui, il voit s'ouvrir une tombe, celle d'un jeune, d'un vaillant au cœur noble, au dévouement sincère, qu'il allait compter au nombre de ses meilleurs amis, de ses plus fidèles protecteurs. C'est un signe de prédestination : car, infailliblement, l'œuvre qui a été enfantée dans la douleur est forte contre les revers subséquents, par le fait même de son origine, et d'autre part, profite mieux des jours de triomphe qui viennent luire, pour avoir connu l'infortune à l'heure de ses débuts.

Aussi est-ce dans les sentiments d'un deuil profond, mais sans découragement aucun, que nous nous inclinons, aujourd'hui, sur ce tertre tout frais, pour y déposer une couronne d'immortelles, celle de nos regrets sincères, de nos sympathies fraternelles — car, en effet, il n'est peut-être pas, sauf celle de nature, de confraternité plus intime que celle qui se forme entre les amants de la plume, les frères en littérature !

Charles Marie Ducharme, notaire de Montréal, l'un des nôtres, vient de mourir ! Il est mort, comme il venait de s'inscrire dans la phalange que nous tentons de former — jeunes téméraires qu'on nous dira, sans doute — pour attaquer cette forteresse redoutable, l'indifférence littéraire où languit notre cher pays !

Il est mort, notre ami, ne léguant à notre œuvre que son nom, déjà célèbre, avant même que d'avoir pu, terrassé qu'il se trouvait par la maladie cruelle qui paralysait, depuis déjà quelque temps, son énergie ordinaire, avant que d'avoir pu faire bénéficier d'un seul de ses articles, magistralement touchés, le Glaneur dont il saluait, naguère pourtant, avec enthousiasme, la récente apparition, de son lit de mourant.

Nous déplorons bien vivement cette grande perte qui afflige, aujourd'hui, notre premier essor, et cependant nous nous consolons par la pensée que toute cause juste et bonne voit son succès garanti, du jour quelle a eu son premier martyr. Et Ducharme meurt, à vingt-six ans, martyr un peu de la cause littéraire, dont nous sommes fiers de rester ses co-adeptes survivants ! Vingt-six ans, comme c'est jeune pour descendre dans la tombe ! Surtout quand, déjà, on a eu le talent et le courage d'esquisser le plan d'une vie aussi bien remplie pour le bénéfice de la patrie que celle de Ducharme l'aurait été !

Redisons, en deux mots, ce qu'il avait déjà fait. Après un cours d'études brillant chez les pères Jésuites, à Montréal, il s'était fait admettre d'emblée dans la profession du notariat, où il pratiqua, un certain temps, avec plein succès. À peine émancipé des travaux de l'école, il consacra tous ses loisirs à la littérature. Il paraissait même décidé, depuis ces derniers mois, à en faire une profession, à l'exclusion de toute autre. C'était naïf, dans un pays ingrat comme est le nôtre à cet égard ; mais Ducharme, qui avait de l'étoffe et du courage plein le cœur, ne doutait de rien à ce propos. 

Les quelques huit années dans le cours rapide desquelles il avait déjà conquis, de haute lutte, son titre d'écrivain, et d'écrivain de mérite, ont vu tomber de sa plume une foule de jolies pièces, prose et poésie. La justesse et l'élégance n'altéraient en rien, chez lui, la fécondité, et comme il serait trop long d'énumérer les meilleures seulement de ses productions, nous renvoyons le lecteur aux recueils où elles sont consignées. Il en a semé un peu partout dans nos revues canadiennes-françaises ; mentionnons entre autres La Revue Canadienne, Le Monde Illustré, Le Bazar, puis L'Étendard, Le National de Montréal, L'Étudiant de Joliette, etc., etc.

À voir surtout, nous le recommandons chaleureusement, son volume de mélanges, publié l’an dernier, sous le titre Ris et Croquis. Son talent, encore en évolution, mais déjà très original, s'y révèle tout entier. Ducharme, pour un avenir prochain, nous en promettait d'autres, et il était homme à tenir parole. La mort ne le lui a pas permis. Que [ce livre] lui serve d'impérissable monument, il en est digne et peut suffire à la tâche !

Du reste, Ducharme laisse de quoi former encore un fort joli volume posthume : espérons que quelqu'un de ses bons amis en tirera parti, la chose, certes, en vaut la peine.

Ce qui distinguait Ducharme prosateur, c'était une finesse de critique, une délicatesse d'analyse, assez rares parmi nos critiques littéraires du Canada français. Il allait être, avec de la pratique, de première force comme critique de littérature : sa série d'articles dans les premiers numéros du National sur la littérature canadienne durant la dernière décade, et ses dernières chroniques de L’Étendard, sont là pour corroborer mon témoignage.

Mais Ducharme était un modeste non moins qu'un érudit, et voilà pourquoi il ne s'est pas fait grand bruit autour de son œuvre qui en était digne, pourtant, mieux que bien d'autres qui soulèvent des tonnerres de réclame.

Catholique convaincu, ardent patriote, on sentait toujours, avec plaisir, résonner ferme cette double note dans tous les écrits de Ducharme. Et comme cet humble, ce petit volontaire, avait la plume pour être, au moment voulu, un vigoureux polémiste, on sent que la Patrie, en vérité, pouvait attendre de son dévouement les plus éminents services.

Aujourd'hui ces espérances sont anéanties. Mais l'exemple reste et formera je l'espère, plus d'un imitateur. Tout en pleurant sur ses cendres, prions Dieu qu'il daigne accorder à notre ami la récompense de tous les services qu'il eut rendus à la cause nationale s'il eut vécu cinquante années de plus.

Quant à nous, du Glaneur, non content d'avoir payé à la mémoire de ce pauvre Ducharme un faible tribut d'amitié reconnaissante, nous sollicitons de la famille du défunt, en lui présentant nos plus affectueuses condoléances, l'honneur de partager avec elle le poids de l'infortune où la plonge ce décès et aussi l'espoir d'un bonheur prochain et éternel pour la belle âme de celui que nous regrettons ensemble ! »


Tiré de : revue Le Glaneur, premier volume, Lévis, 1890. 

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M. Charles-Marie Ducharme

par Rodolphe Brunet


      « Mensonge ! Illusion ! Éclair que notre joie !
         Non, l’avare tombeau ne lâche point sa proie ».  
                                          - ALEXANDRE BARDE


« La mort vient de couper le fil d’une courte mais belle existence ; notre ami, Charles-M. Ducharme, repose maintenant entre les quatre planches de la tombe !

Nous avions, un instant, espéré que sa jeunesse le préserverait, et naguère encore, nous comptions sur son rétablissement. Mais ses vingt-six ans n’y ont rien fait. Il a connu l’agonie de la phtisie ; et le fantôme impitoyable de cette dernière l’a lentement couvert de son triste drap mortuaire.

Nous ne verrons plus ce regard intelligent, cet air de bonté et ces bonnes manières qui caractérisaient le spirituel chroniqueur du National et de l’Étendard.

Trois-Rivières porte le deuil d’un de ses plus illustres enfants, l’Union catholique a perdu l’un de ses plus grands et savants présidents, et le notariat se souviendra longtemps de la perte qu’il fait dans la personne sympathique de M. Charles-M. Ducharme.

Et l’humble biographe, au nom des collaborateurs du Monde Illustré, trace aujourd’hui un petit souvenir en mémoire d’un ami que le voile de l’oubli ne lui fera jamais perdre de vue.

À peine voyait-il son talent applaudi de toutes parts, à peine rêvait-il le petit bonheur de la terre, que déjà la froide main du sort, l’étreinte terrible de la mort vinrent avec leur appareil horrible dire à cet écrivain de talent et de renom : « Tout passe ici-bas, Dieu seul résiste au temps et à la mort ! »

Comme le destin de l’homme est ironique ! Il croyait pouvoir jouir bientôt d’une aurore de félicité et approcher de ses lèvres la coupe du bonheur ; mais il oubliait :

         « Que le bonheur, hélas ! n’était qu’une chimère
         Qui devait se briser aux planches d’un cercueil ! »

Ah ! Combien d’entre nous oublient cette vérité incontestable ? Rappelons-nous donc toujours que devant l’éternité l’homme n’est qu’un faible atome jeté, un instant, dans le vaste univers ; et que l’éternelle loi qui frappe continuellement l’humanité souffrante s’applique aux plus humbles comme aux plus grands talents !

Il y a deux ans, Charles-M. Ducharme publiait un volume magnifique, au style exquis ; je veux parler des Ris et Croquis. Il terminait la préface de ce livre en disant au lecteur : «Non pas adieu, mais au revoir !» Hélas ! « L’homme propose, mais Dieu dispose ». Qu’elle est triste, cette mort qui brise ainsi les plus belles espérances !

Tâchons, maintenant, de démentir le proverbe : « Sitôt en terre, sitôt oublié ». Non, nous agirons autrement et nous prouverons à l’ami disparu que notre amitié était sincère autant que notre tribut sera constant.

Il y a un vers de Victor Hugo que l’auteur de la Littérature canadienne a, sans doute, dû méditer et répéter en lui-même bien souvent, en face de la mort ; je le redis à tous ceux qui ont été ses amis, à tous ceux qui lui furent unis par les doux liens de l’affection : 

"Vous tous qui vivez, donnez une pensée aux morts !" »


Tiré de : Le Monde Illustré, 22 novembre 1890.


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Notre indifférentisme littéraire 

par Charles Ducharme


Ris et croquis, de Charles-M. Ducharme,
d'où est tiré le texte qui suit.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)



« La société canadienne-française nous offre depuis des années un bien singulier spectacle; lui parle-t-on d'éloquence sacrée ou profane, de littérature, de peinture, de science, en un mot de tout ce qui élève l'âme et lui inspire de sublimes aspirations, elle bâille !  Au contraire vient-on l'entretenir de bagatelles et de futilités, la combler de représentations cocasses : elle admire, elle s'extasie, elle applaudit à outrance ! 


Cette réflexion va faire bondir beaucoup de nos optimistes qui, ne voyant partout que du rose ou du bleu, ne sauraient croire que l'on puisse broyer du noir pour peindre un petit coin du sol de leurs amours. Pourtant, s'ils ouvraient tant soit peu les yeux, et daignaient seulement noter à mesure qu'ils se présentent les engouements grotesques, les enthousiasmes inexplicables, souvent ridicules de la foule, dans nos grandes cités surtout, ils verraient à l'instant qu'ils perdent un temps infiniment précieux en jouant à l'indignation au sujet d'un fait que les événements viennent malheureusement confirmer chaque jour.

Sait-on comment Octave Crémazie appelait la société canadienne en 1866 ? Une société d'épiciers !  Pour un poète il n'est pas flatteur, comme on le voit, mais ceux qui l'ont vu aux prises avec l'indifférence de ses compatriotes savent que le compliment était richement mérité. Il y aura bientôt vingt-cinq ans de cela, et notre société trouve sans doute le qualificatif de son goût, puisqu'elle semble s'en enorgueillir plus que jamais. Mais écoutons le chantre du Drapeau de Carillon nous parler des épiciers de son époque : 

«J'appelle épicier, dit-il, tout homme qui n'a d'autre savoir que celui qui lui est nécessaire pour gagner sa vie, car pour lui la science est un outil, rien de plus. L'avocat qui n'étudie que les pandectes et les statuts révisés, afin de se mettre en état de gagner une mauvaise cause et d'en perdre une bonne, le médecin qui ne cherche dans les traités d'anatomie, de chirurgie et de thérapeutique que le moyen de vivre en faisant mourir ses patients ; le notaire qui n'a d'autres connaissances que celles qu'il a puisées dans Ferrière et dans Massé, ces deux sources d'où coulent si abondamment ces oeuvres poétiques que l'on nomme protêts et contrats de vente, tous ces gens ne sont que des épiciers. Comme le vendeur de mélasse et de cannelle, ils ne veulent savoir que ce qui peut rendre leur métier profitable.

Dans ces natures pétrifiées par la routine, la pensée n'a pas d'horizon. Pour elles, la littérature française n'existe pas après le dix-huitième siècle. Ces messieurs ont bien entendu parler vaguement de Chateaubriand, de Lamartine, et les plus forts d'entre eux ont peut-être lu les Martyrs et quelques vers des Méditations, mais les noms d'Alfred de Musset, de Gautier, d'Ozanam, de Mérimée, de Ravignan, de Lacordaire, de Nodier, de Sainte-Beuve, de Cousin, de Gerbet, etc., enfin de toute cette pléïade de grands écrivains, la gloire et la force de la France du dix-neuvième siècle leur sont presque complètement inconnus...


Le patriotisme devrait peut-être, à défaut du goût des lettres, les porter à encourager tout ce qui tend à conserver la langue de leurs pères. Hélas ! vous le savez comme moi, nos messieurs riches et instruits ne comprennent l'amour de la Patrie que lorsqu'il se présente sous la forme d'actions de chemins de fer et de mines d'or promettant de beaux dividendes, ou bien encore quand il leur montre en perspective des honneurs politiques, des appointements et surtout des chances de jobs. 


Avec ces hommes vous ferez de bons pères de famille, ayant toutes les vertus d'une épitaphe ; vous aurez des échevins, des marguilliers, des membres du parlement, voire même des ministres, mais vous ne parviendrez jamais à créer une société littéraire, artistique, et je dirai même patriotique dans la belle et grande acception du mot ».


Ne dirait-on pas que ces lignes [de Crémazie], vieilles de près d'un quart de siècle, ont été écrites aujourd'hui même, tant elles reproduisent fidèlement l'indifférentisme littéraire qui afflige notre société ? Qui voyez-vous en effet aux tournois hippiques, aux danses de nègres, aux représentations du cirque, aux mascarades du carnaval ? Nos avocats, nos médecins, nos échevins, nos députés jusqu'à nos sénateurs ! Les exceptions sont le petit nombre.

Y a-t-il au contraire dans nos cercles des conférences littéraires, des réunions où les lettres sont en honneur ? Vous voyez la plupart de ces messieurs briller par leur absence ! Que voulez-vous, chez eux, le physique l'emporte sur le moral ; tout ce qui touche de loin ou de près aux ouvrages de l'esprit les trouve froids, impassibles, on dirait des statues marmoréennes.  Mais parlez-leur de chevaux, de chiens, de poules, d'amusements frivoles, vous les verrez aussitôt sortir de leur impassibilité, devenir tout feu, s'enthousiasmer tout comme s'ils traitaient dans une assemblée publique un sujet éminemment patriotique. 

On m'accusera peut-être de forcer un peu la note et de ne point me défier des attraits séduisants de l'exagération. Vous avez déjà assisté à des séances littéraires, et toujours il y avait salle comble, ce qui prouve qu'on est bien moins indifférent que je ne le prétends. 

Pardon, j'admets bien votre auditoire nombreux, mais je ne saurais souscrire à la véracité de votre conclusion. Procédez, en effet, à un triage en règle, comme celui que fit Gédéon avant de marcher contre les Madianites ; n'accordez le titre de véritables amis de l'art et de la littérature qu'à ceux qui sont venus sincèrement rendre hommage au mérite de l'écrivain, du poète, au talent de l'orateur du jour : comme le héros hébreu, croyez-vous pouvoir trouver trois cents braves pour vous seconder, et affirmer hautement que vous avez raison et que j'ai tort ?

Il vous faudra d'abord écarter tous les curieux venus pour lorgner : la toilette de celle-ci, le chapeau de celle-là, la moustache de celui-ci, le nez de celui-là, ou pour voir quels sont les galants de mademoiselle Thérèse et quelle est la tournure du couple B***, en pleine lune de miel ; il vous faudra encore écarter tous les fervents de la cause sentimentale, qui trouvent dans ce genre de séances un lieu de rendez-vous tout aussi commode que certains exercices religieux du soir et certaines rues le samedi après-midi ; toute la famille des complaisants dont la tâche est d'accompagner une amie de campagne ou une vénérable douairière ; tous les poseurs visant au titre d'amateurs des choses sérieuses, pour faire leur cour à tel et tel personnage influent dont ils voudraient obtenir une sinécure; tous les amis du conférencier, auditeurs par politesse ou par intérêt, qui prisent bien plus la table et le champagne de l'hôte que les phrases du causeur, tous les... 

Je clos ici ma kyrielle, de crainte de ne pouvoir vous accorder, sur mille auditeurs, quarante élus, quarante amis des muses, quarante immortels ! 

Ah ! S'il s'était agi d'une comédie équivoque, d'une piécette fertile en périodes sentimentales, en pirouettes de ballerines ou en rondes de bayadères, vous auriez trouvé un auditoire attentif, silencieux, bien élevé, applaudissant avec entrain, un auditoire modèle enfin, où commères, curieux et curieuses, amoureux, complaisants et poseurs se seraient entendus pour laisser à la porte le choquant de leur livrée, et ne se montrer qu'avec l'habit d'un sage, d'un Solon. 

Mais non, c'est un conférencier, un littérateur qui cause, prêtez l'oreille aux chuchotements, aux murmures qui se croisent d'une extrémité à l'autre de la salle, l'éloge du causeur est vite bâclé : «Dieu ! qu'il est ennuyeux, dit-on partout ; des conférences, des causeries comme celle-là, je puis en faire à la douzaine... il croit m'instruire quand je peux lui en montrer ! Peut-on être aussi fade, aussi terne que ce pitre qui vous débite des phrases qu'il n'a pas l'air de comprendre lui-même. Heureusement que j'avais autre chose à faire en venant ici que de l'entendre ; je lui ferais beaucoup trop d'honneur en l'écoutant! ... Va-t-il finir ! quand viendra donc l'opérette ? »

Remarquez bien que les commentaires ci-dessus ont été cueillis au vol, lors d'une conférence donnée à Montréal par l'un de nos écrivains de renom, auteur de plusieurs volumes de mérite et même membre de la Société royale canadienne ! Après un aussi bienveillant accueil, on devine pourquoi certains littérateurs fuient les conférences comme la poudre, et ne veulent plus pérorer devant un certain public, certains qu'ils sont qu'on vient non pour les écouter, mais pour continuer une causerie entamée au dehors. 

Ou on choque le conférencier en se rendant en foule pour s'occuper de tout autre chose que de sa conférence, ou on le laisse gesticuler seul dans une salle où les chaises et les bancs forment la plus grande partie de l'auditoire. Voilà où nous mène le culte des extrêmes. Pourtant, de nos jours comme jadis, toujours : In medio stat virtus ! 

Que deux coursiers de renom se disputent l'arène, que plusieurs marcheurs se fassent une lutte de milles, que le nègre refuse au blanc la palme de la danse, on accourt de tous les coins et recoins de la cité pour faire des ovations au champion et couvrir de lauriers le vainqueur ; il n'y a pas assez de roses dans les serres pour satisfaire la passion des couronnes et des guirlandes, pas assez de souscripteurs pour flatter la manie des bourses et des récompenses. 

Cependant, qu'y a-t-il de plus insignifiant, en soi, que de voir un cheval l'emporter sur un autre, un marcheur faire un pas de plus qu'un rival, un nègre lever le pied plus haut qu'un blanc. Que retire-t-on en outre de ces divers spectacles ? Des connaissances bien problématiques qui servent toutefois à alimenter la causerie dans bien des salons durant des mois ; on peut s'imaginer si le ton de ces causeries est bien relevé et bien propre à faire refleurir parmi nous l'atticisme, la distinction qui ont toujours été l'apanage du génie français. 

M. Benjamin Sulte avait bien raison de s'écrier : 

« Où est la langue littéraire ? Qui est-ce qui la parle dans notre jeune pays ? Dans quel milieu nous placerez-vous pour nous former au bon langage ? Sera-ce dans les salons ? Il ne s'y colporte que des banalités dites pitoyablement sans verve ni couleur, sans soin, sans le moindre souci des règles élémentaires de la conversation ». 

L'auteur des Laurentiennes explique ensuite comment l'impropriété de nos termes, en se reflétant sur le style de nos écrivains et de nos prosateurs, met ces derniers dans une fausse position :

« Il en résulte que, pour acquérir la force et le poids que donne la connaissance de la langue, le poète, le prosateur canadien-français doit fuir toute compagnie et faire bande à part, se réfugier uniquement dans ses livres, puiser dans ces amis muets la science de bien écrire et, nous allions dire, de bien parler. De quel secours ne serait pas pour lui la fréquentation d'un monde familier avec la souplesse, la propriété et le poli de la langue française ! Le maniement d'un outil comme la langue s'apprend beaucoup par l'exemple et par l'épreuve de tous les instants. Nous sommes privés de ces deux ressources... ». 

La plupart de nos journaux savent aussi sous ce rapport répondre à merveille aux exigences comme au goût douteux de la multitude. S'agit-il d'une conférence ? Ils vous la feront savourer en cinq lignes, ou ils ne vous en parleront pas du tout. S'agit-il d'un concours hippique, ils n'auront pas assez de colonnes pour vous tracer in extenso les prouesses, la généalogie du vainqueur, qu'on ferait remonter gravement au Bucéphale d'Alexandre, si l'on ne craignait le ridicule. 

On est grand personnage, aujourd'hui, quand on appartient à un cercle ou à un club quelconque : club de billard, de pêche, de chasse, de gymnastique, de raquette, de bicyles, de tir, de natation, etc., etc., pas à un cercle littéraire par exemple, car celui-là on le laisse aux naïfs, aux rétrogrades qui, n'étant pas de leur siècle, ne comprennent rien aux grandes conceptions du jour. Aussi, il n'est pas rare de voir ces clubs recruter chacun cinq à six cents membres appartenant presque tous aux professions libérales et jouir de la plus grande prospérité, tandis que l'on crierait merveille si l'on voyait un cercle littéraire comptant trois cents membres actifs et se maintenant par les seules contributions de son personnel ! 

Mon intention n'est point de vouloir proscrire tous ces clubs. Si, pour la paix du foyer domestique, plusieurs méritent la peine capitale, il faut avouer que quelques-uns ont leur utilité, mais qu'on sache donc, une bonne fois, leur assigner la place qui leur convient. Il me semble que la culture de l'intelligence doit avoir le pas sur celle du corps. Chaque jour, hélas, c'est l'opinion contraire qui prévaut. 

L'intelligence n'a pour sa nourriture que ce qu'elle peut attraper : les cancans du jour, les scandales de la veille, puis les menus piteux des publications hebdomadaires qui ne savent que colporter que des romans et des nouvelles indigestes, et, tandis qu'elle vivote ainsi, le corps, ce favori auquel on ne refuse rien, fait des siennes auprès de ménestrels barbouillés, de bouffons facétieux, de comédiennes de petits théâtres à dix centins ; il fête continuellement, promenant son triomphe de banquets en banquets — il faut qu'un club soit bien pauvre aujourd'hui pour ne point se donner le luxe du banquet traditionnel — allant du Windsor au Balmoral, du Richelieu au Duperrouzel, de Saint-Henri au Sault-au-Récollet. 

Quand donc finirons-nous par comprendre que ce n'est pas par les succès éphémères de ses rameurs, de ses pugilistes ou de ses tireurs, mais bien par son degré de culture intellectuelle, par son influence littéraire, par le nombre de ses penseurs et de ses érudits, par la science et le renom de ses écrivains, qu'une nation se distingue parmi les nations, qu'un peuple figure avec avantage aux fastes glorieux de l'histoire ?

Sont-ce des rameurs qui ont rendu fameux le siècle de Léon X ? Sont-ce des pugilistes qui ont illustré le siècle de Louis XIV et mérité à la France un prestige qu'elle n'a pas encore perdu ? Que valent les palmes d'un Hanlan ou d'un Cyr, à côté des fleurons immortels d'un Bossuet, d'un Bourdaloue, d'un Massillon, d'un Corneille et d'un Racine ?


Vous rêvez pour votre patrie un avenir glorieux, il ne vous sied plus d'être indifférents en littérature, car ce serait travailler à l'anéantissement de ce beau rêve, ce serait empêcher sa complète réalisation! 

Encouragez les clubs, les meilleurs, soit ! Mais que nos cercles littéraires aient aussi leur part de vos faveurs : la part la plus grande, la plus belle ! Réjouissez-vous des coupes de vos rameurs, des succès de vos pugilistes, mais réjouissez-vous encore davantage des couronnes de vos hommes de lettres et n'attendez pas pour les acclamer qu'on leur ait brûlé de l'encens sur une plage lointaine.

Enfin, créez des concours littéraires, sachez les doter, donnez au talent qui veut prendre son essor les ailes qui lui manquent. De cette façon, le qualificatif d'épiciers littéraires ne ternira plus l'éclat de la fleur de lys, et la nationalité canadienne-française pourra poursuivre avec gloire sa mission providentielle sur cette terre d'Amérique ». 


Tiré de : Charles-Marie Ducharme, Ris et croquis, Montréal, C. O. Beauchemin et Fils, 1889, p. 359-374.  

Dédicace du livre Ris et croquis écrite de la main de Charles-M. Ducharme
et adressée au poète William Chapman. Un mauvais travail de reliure a
malheureusement amputé les dernières lettres des mots, à droite.

(Collection Daniel Laprès)

mercredi 27 septembre 2017

Paul-Émile Lamarche : « Secouons nos ailes et élevons-nous ! »

Paul-Émile Lamarche (1881-1918)

Au moment de la publication de la présente Glanure, cela aura fait 100 ans jour pour jour que, le 27 septembre 1917, l'homme politique et admirable patriote québécois que fut Paul-Émile Lamarche 
prononçait une conférence d'importance majeure dans la salle des conférences de la Bibliothèque Saint-Sulpice, rue Saint-Denis, à Montréal. 

Une Glanure a déjà été consacrée à Lamarche (voir ICI), que nous tenons pour avoir été « le politicien le plus estimable de l'histoire du Québec ». Ce n'est là pas peu dire, certes, mais les Québécois d'alors, à l'instar de ceux qui l'ont côtoyé dans l'action, n'en pensaient certainement pas moins, comme le prouve le fait qu'en 1938, une foule évaluée à près de 8 000 personnes a pris part aux cérémonies commémorant le vingtième anniversaire de son décès prématuré, à l'âge de 36 ans (il a été victime de l'épidémie de grippe espagnole, en 1918). 

Pourtant, Paul-Émile Lamarche n'a été ni premier ministre, ni ministre, ni chef de parti, ni même journaliste, mais seulement député nationaliste (de Nicolet, au fédéral) pour un mandat unique de cinq ans auquel cet homme d'une intégrité exemplaire a mis fin par fidélité à un engagement qu'il avait pris. Pensons-y un peu : pour quel politicien, de nos jours, verrait-on une foule aussi nombreuse participer aux cérémonies soulignant le vingtième anniversaire de son décès? Même pour un René Lévesque, malgré l'adulation parfois exhubérante dont on l'a accablé, une telle commémoration est passée inaperçue. C'est dire combien Paul-Émile Lamarche aura touché et marqué, sûrement pour le meilleur, ses contemporains. 

La conférence que prononça Lamarche il y a 100 ans en ce jour avait pour thème : « Le parti politique : son origine, son évolution, son rôle ». Il y expose d'abord l'histoire de cette forme particulière d'organisation qu'est le parti politique, de son berceau que fut l'Angleterre jusqu'à son avènement ici au Québec et au Canada. Puis, sans nier l'utilité que peuvent avoir les partis politiques, il dresse une liste des méfaits qu'ils ont apporté à la société, dans la mesure où ils se sont imposés en fétichisme partisan qui s'est souvent opposé à l'intérêt national. 

Lamarche conclut son analyse par un vibrant appel à regénérer l'opinion publique, seul moyen selon lui d'assurer l'intérêt national et le mieux-être collectif. 

Pour souligner le centenaire de cette conférence de Paul-Émile Lamarche, ces Glanures vous en offrent ci-dessous le texte quasi-intégral.

Il s'agit, nous le croyons, d'une lecture utile à plus d'un égard. D'abord, parce qu'elle permet aux non-initiés de s'éduquer sur l'origine et l'évolution du système politique qui, encore aujourd'hui, régit notre société. À une époque où l'analphabétisme politique est une plaie qui est en train de tuer la nation québécoise à petit feu en la rendant vulnérable et impuissante face à ceux qui cherchent à l'asservir, sinon à la faire disparaître, le propos de Paul-Émile Lamarche s'avère donc d'une utilité particulièrement criante et qui n'a rien perdu de son urgence. 

Le texte de Lamarche, en plus de procurer des bases théoriques nécessaires à l'analyse, permet aussi de comprendre la classe politique tel qu'elle sévit encore chez nous. Si l'on reste dans l'ignorance de ces éléments, on se condamne bêtement à ramer dans le vide, et ce, peu importe les cimagrées (manifestations, pétitions en ligne, etc.) que l'on pourrait faire pour se donner l'illusion d'exercer des pressions politiques sur ceux qui contrôlent les pouvoirs publics. Parce que si on veut agir, influer et peser sur le système politique, encore faut-il le connaître.

Enfin, on constate que les conclusions de Paul-Émile Lamarche n'ont rien perdu de leur actualité. Certaines, serait-on même tenté d'affirmer, nous paraissent encore plus actuelles qu'il y a 100 ans. Lamarche nous indique des pistes qui, si elles étaient davantage comprises, explorées et assumées, pourraient nous aider à surmonter l'impuissance politique que les Québécois ressentent de nos jours face à ceux qui, à l'instar d'un saccageur de nation comme Philippe Couillard, détournent notre propre État contre nous-mêmes et nos droits. 

Ne nous privons pas de l'éclairage que nous offre ce guide de grande valeur qu'est Paul-Émile Lamarche, cet infatigable défenseur de nos droits nationaux qui nous parle à travers le temps et que nous vous invitons, maintenant et ici-bas, à écouter à votre tour : 


Édifice de la Bibliothèque Saint-Sulpice, rue Saint-Denis, Montréal, où Paul-Émile
a prononcé sa conférence majeure du 27 septembre 1917. Photo : Jean Gagnon.


Le parti politique : son origine, 
son évolution, son rôle 

Conférence de Paul-Émile Lamarche

Montréal, 27 septembre 1917


DU GOUVERNEMENT DE LA SOCIÉTÉ

L'animal le plus difficile à conduire c'est l’animal raisonnable, l'homme; et il l’est davantage quand il fait partie d'une collectivité. 

[...] Pourtant, l'homme est fait pour vivre en société. La philosophie nous l'a enseigné et l'histoire du monde, d'ailleurs, nous a démontré, d'une façon indiscutable, l'existence de ce principe de droit naturel. Mais qui  dit société ne dit pas nécessairement accord. C'est le privilège des êtres raisonnables de penser, de raisonner, de juger de façons différentes. C'est ce qui explique pourquoi les peuples n'ont jamais pu résoudre, à la satisfaction de tout le monde, le grand problème de se gouverner.

Cette constatation ne devrait pas nous étonner. L'homme entre et vit dans la société avec ses imperfections, ses défauts, ses préjugés et ses passions. Le principe de l'égalité abstraite de tous les hommes se heurte constamment aux inégalités réelles des individus. Les degrés de supériorité physique, intellectuelle ou morale, la force, les ambitions, les richesses, les besoins, les souffrances et toutes les misères que traîne après elle l'humanité, sont autant d'obstacles qui rendent impossible l'unité d'opinion et de sentiment.

Égoïste par tempérament, l'homme prend volontiers tous les avantages qui découlent de son association avec ses semblables, mais ce n'est qu'avec une certaine répugnance que sa nature accepte les nombreux sacrifices qu'impose à l'individu le bien commun de la société.

De là le conflit entre l'individualisme et l'intérêt social.

C'est à travers tous ces obstacles que, depuis des siècles, les peuples poursuivent leur course à la recherche de la civilisation parfaite, du bien-être, de la liberté.

Leurs formes de gouvernement se succèdent et se modifient avec les époques et suivant les besoins du moment ; elles évoluent de l'absolutisme à la fantaisie, du despotisme au caprice de la foule, de la monarchie primitive aux formes les plus complexes des démocraties modernes.

Rien n'indique cependant que le monde soit plus satisfait. Le peuple maudira toujours son gouvernement surtout si c'est un gouvernement qu'il s'est donné lui-même. Si le bon La Fontaine vivait encore de nos jours, il n'aurait rien à changer à sa fable des grenouilles qui demandent un roi.

DE LA DÉMOCRATIE

La forme de gouvernement la plus moderne, ou du moins celle qui tend à se généraliser davantage, c'est la démocratie. A-t-on besoin de la définir ? Il faudrait avoir une bien pauvre mémoire pour ne pas nous rappeler la formule consacrée et si souvent redite : « Le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Pour ceux qui préfèrent la réalité brutale aux formules sonores, nous pourrions peut-être dire, tout simplement, que la démocratie comprend toutes les formes de gouvernement sous lesquelles le peuple s'est réservé pour lui-même le privilège de se tyranniser. Sont des États démocratiques les républiques proprement dites et les monarchies constitutionnelles, comme la Grande-Bretagne, où le roi règne mais où le peuple est censé gouverner.

Si la démocratie a affranchi les peuples du despotisme des monarques, d'un autre côté, elle a singulièrement compliqué le fonctionnement de l'organisme de l'État. Le gouvernement par le grand nombre présente, en effet, des difficultés qui sont inconnues sous un régime purement monarchique ou même oligarchique. Dans l'État démocratique, c'est le vœu de la majorité qui gouverne, mais encore faut-il le connaître, et pour y arriver il faut nécessairement recourir à la consultation populaire.

Le mode le plus simple de consulter le peuple, c'est assurément celui qui se pratiquait dans les anciennes républiques de la Grèce et de Rome. On convoquait le peuple sur la place publique et on lui faisait trancher directement les questions d'intérêt général. Mais les petites républiques qui s'accommodaient du système de consultation directe ont fait place à de grands États avec des populations denses et nombreuses, avec des étendues de territoires considérables, avec des problèmes multiples et compliqués. Il a donc fallu adopter un autre mode de consultation populaire en harmonie avec ces nouvelles exigences. Voilà pourquoi la démocratie moderne a développé le système du gouvernement représentatif et électif.

Sous un régime parlementaire normalement constitué, l'opinion publique est une grande force ; c'est la force motrice de tout l'organisme social, mais c'est une force éparse, disséminée dans la masse et qui, laissée à elle-même, sans guide, serait souvent inefficace et infructueuse. C'est la cataracte majestueuse qui produit sans cesse des énergies, mais qui, à chaque instant, perdra toute sa puissance si on n'a pas eu soin de l'emmagasiner au passage pour la diriger sur des œuvres vives. Dans le but de coordonner les forces de l'opinion publique, de les assortir, de les canaliser pour en obtenir un plus grand rendement, on a imaginé ces organisations puissantes qu'on appelle les partis politiques.

Le parti politique a joué et jouera encore dans notre pays un rôle très important. Pour quiconque veut s'intéresser à la chose publique, il est nécessaire d'en bien connaître le caractère et la raison d'être. Pour cela, il faut étudier son origine, suivre ses évolutions et examiner le rôle qu'il a tenu dans l'histoire.

Embrasser un parti politique, sans prendre au préalable ces précautions utiles, c'est comme embrasser une femme sans la connaître. Cela expose aux pires ennuis et souvent à d'amers regrets.

Salle des conférences de la Bibliothèque Saint-Sulpice, où
Paul-Émile Lamarche prononça sa conférence du 27 septembre 1917.
Photo :  Gabor Szilasi, 1966. Source : Héritage Montréal.   
LE PARTI POLITIQUE

Tout d'abord, qu'est-ce que c'est qu'un parti politique? Une des meilleures définitions que je connaisse est celle qu'en a donnée Edmund Burke :

« Un parti politique est un groupe d'hommes réunis ensemble, dans le but de promouvoir, par un effort commun, les intérêts de la nation, selon certains principes définis, sur lesquels tous sont d'accord ».

Cette définition a l'air très simple, mais si nous l'analysons, nous trouvons qu'elle contient bien des éléments assez difficiles à réunir.

Ainsi nous voyons que pour constituer un parti, il faut des hommes et il faut que ces hommes soient susceptibles de faire quelque effort. Il faut ensuite des principes et il faut que ces principes soient bien définis. Puis il faut que tous s'accordent sur ces principes. Enfin, il faut que l'effort de tous et de chacun n'ait d'autre objet que l'intérêt de la nation.

Cette définition va peut-être vous paraître un peu idéaliste. Il est vrai qu'elle nous représente le parti politique tel qu'il devrait être plutôt que la vivante réalité. C'est une raison de plus pour la conserver et souvent la relire.

Un groupe qui s'intitule un parti politique, quels que soient ses antécédents, quelle que soit son histoire, s'il ne rencontre pas les conditions essentielles que nous venons d'énumérer, n'est pas autre chose qu'une simple faction.

Il y a plusieurs sortes de partis, suivant le caractère de la cause qu'ils veulent faire triompher ou des principes qu'ils préconisent. Les problèmes qu'ils envisagent peuvent être d'ordre intérieur ou d'ordre extérieur et se rattacher aux questions les plus variées.

Un parti politique peut exister dans le but de préconiser une forme particulière de gouvernement pour l'État ; exemple : le parti royaliste en France.

Un parti peut avoir pour objet la solution du problème social ; et il arrive dans ce cas que quelquefois ses ramifications s'étendent au delà des frontières pour aller se fondre avec un parti semblable dans l'État voisin ; exemple : les nombreux partis socialistes et les groupes ouvriers.

Un parti peut se proposer comme fin la revendication des droits d'une race ou d'une nationalité particulière dans un État cosmopolite; exemple : le parti nationaliste irlandais.

Un parti peut être formé pour sauvegarder les droits et les intérêts d'un culte, d'une religion; exemple : le centre catholique allemand.

Un parti peut avoir pour objet de résoudre d'une façon particulière les problèmes économiques se rattachant à la politique fiscale; exemple : les protectionnistes, les libre-échangistes.

Nous pourrions ainsi allonger indéfiniment l’énumération, tellement sont variées et nombreuses les questions qui peuvent demander le verdict de l'opinion publique; mais ce sont là les principales catégories de partis politiques ayant des objets spéciaux et définis.

Il existe aussi des partis politiques qui n'ont pas d'objet spécial, si ce n'est d'offrir au peuple un meilleur gouvernement. Leurs programmes embrassent l'ensemble de tous les problèmes passés, présents et à venir. Ils offrent des remèdes pour tous les maux, mais en termes généralement vagues et ambigus. Les uns se désignent comme les gardiens jaloux de tout ce qu'il y a de bon, les autres, comme les réformateurs de tous les abus et les défenseurs de tous les opprimés. On peut les classer tous dans une même famille : celle des opportunistes.

Le parti politique est un produit anglais, et on peut dire qu'il a été un produit d'exportation, car il existe aujourd'hui des partis politiques dans tous les pays totalement ou partiellement gouvernés par le peuple, c'est-à-dire dans presque tous les pays du monde.

ORIGINE DES PARTIS — LE PURITANISME

Pour trouver l'origine du premier parti politique, il faut remonter dans l'histoire d'Angleterre jusque sous le règne de la reine Elisabeth, au lendemain de la Réforme.

A cette époque, le parlement existait déjà en Angleterre, non pas avec tous les pouvoirs et toutes les prérogatives qu'il possède aujourd'hui, mais enfin il était implanté à perpétuelle demeure comme institution, et le peuple par sa chambre élective avait droit de contrôle sur les deniers de l'État.

Le premier parti politique est né d'une querelle religieuse, non pas entre catholiques et protestants, mais entre les membres de l'Église anglaise nouvellement réformée.

Tout en se séparant de l'Église de Rome, l'Église d'Angleterre avait conservé, pour les fins de son culte, certaines pratiques et coutumes en usage chez les catholiques. Quelques prières étaient restées intactes dans le Rituel, on faisait le signe de la croix au baptême, on portait le surplis et on faisait la génuflexion. Les Églises protestantes du continent, notamment celles de Hollande et d'Allemagne n'avaient pas conservé ces usages. Sous l'influence du protestantisme hollandais, il se forma, en Angleterre, un groupe de protestants qui s'insurgea contre la conservation de ce qu'on appelait des vestiges du papisme. Ces prosélytes s'étaient donné pour mission de purifier le protestantisme. De là leur nom de Puritains.

Il serait trop long de faire l'histoire du Puritanisme en Angleterre. Il suffira de retenir quels ont été les principaux caractères distinctifs de ce mouvement important qui fut le berceau du premier parti.

Il y avait plusieurs catégories de Puritains en Angleterre. Il y avait d'abord les Puritains proprement dits qui ne voulaient pas autre chose que de réformer le culte. Ils admettaient l’Église d'État et acceptaient la forme épiscopalienne. Il y avait aussi les Presbytériens. Ceux-là, tout en admettant l'Église d'État, voulaient qu'elle eût la forme presbytérienne. De plus, ils voulaient limiter l'autorité de l'Église aux affaires religieuses seulement. Le principal apôtre de cette doctrine était John Knox. Enfin, il y avait un troisième groupe qui comprenait les Indépendants, les Séparatistes, les Non-Conformistes et les Brownites. 

Tous ces gens-là étaient entièrement opposés à une Église d'État. C'est à ce dernier groupe qu'appartenaient les fameux Pilgrims, qui, en 1620, quittèrent l'Angleterre à bord du Mayflower. Après s'être dirigés vers la Hollande, ils firent voile vers l'Amérique et vinrent atterrir à Plymouth Rock, où ils fondèrent une colonie avec une Église indépendante qui, pendant un quart de siècle, attira une nombreuse immigration puritaine sur les côtes du Massachusetts.

Dans le but d'exercer une plus grande influence, les Puritains décidèrent d'envahir le Parlement. De ce moment on s'appliqua à augmenter le nombre des adeptes. Aux revendications en matière religieuse on joignit les revendications populaires contre l'abus de l'autorité. Les Puritains deviennent les champions du peuple et le premier parti politique a vu le jour. Sandys, Coke, Eliot, Selden et Pym sont les premiers porte-parole de la première loyale opposition de Sa Majesté.

Les Puritains remportèrent leur premier succès au Parlement en obtenant l'abolition de la prérogative royale concernant l'octroi des monopoles. La reine Elisabeth, au lieu de s'adresser aux représentants du peuple quand elle avait besoin d'argent pour ses petites dépenses, avait adopté le moyen détourné de vendre aux commerçants des privilèges exclusifs qu'elle octroyait au moyen de lettres patentes sous le sceau royal. La création de ces monopoles avait pour effet de faire augmenter le prix des denrées et des autres objets de première nécessité et le bon peuple, en fin de compte, payait et payait grassement. 

Les Puritains, du premier coup, se créèrent ainsi une grande popularité en empêchant leur souveraine d'exploiter, à son profit personnel et aux dépens du peuple, ce que les Américains appelleraient aujourd'hui une « side line ». Quant à cette bonne reine Elisabeth, elle restera incontestablement la patronne des politiciens qui équilibrent les budgets en vendant une partie du domaine national.

Le puritanisme continue sous Charles 1er, mais ce ne sont plus à proprement parler des partis politiques qui sont en présence, ce sont des factions armées de pied en cap. C'est la guerre civile. D'un côté il y avait les Cavaliers, défenseurs des prérogatives royales, de l'autre les Têtes-Rondes, « Roundhcads », défenseurs des droits du peuple.

Sous Charles II, on retrouve encore les mêmes partis avec les mêmes lignes de démarcation, mais les noms sont changés. C'est d'un côté le « Court Party », de l'autre, le « Country Party ».

LES WHIGS ET LES TORIES

C'est vers l'année 1680 que l'on voit se former les deux grands partis qui pendant cent cinquante ans vont tenir l'affiche : les whigs et les tories.

L'introduction du Bill d'Exclusion au Parlement avait déchaîné une discussion des plus acrimonieuses. Ce projet de loi avait pour objet d'exclure les catholiques de la succession au trône d'Angleterre. Il visait tout particulièrement le duc d'York. Les partisans de ce dernier appelaient leurs adversaires, par dérision, des « whigs » et ceux-ci leur répondaient sur le même ton: « Vous n'êtes que des tories. » De côté et d'autre, le nom leur est resté et il est assez amusant d'en connaître la véritable signification. « Whig » était un mot écossais qui voulait dire du lait sûr ; on l'employait aussi dans le sens figuré pour désigner des rebelles. « Tory » était un mot venu d'Irlande où on l'employait pour désigner des voyous ou des voleurs.

Les whigs se faisaient les champions de la liberté. Ils revendiquaient l'indépendance du Parlement et du peuple. Ils proclamaient que la résistance était permise contre le roi qui viole la loi. Les tories, de leur côté, affirmaient que l'autorité du roi était de droit divin. Ils défendaient la suprématie de la prérogative royale. Ils proclamaient le devoir d'obéissance absolue de la part du sujet. Erskine May résume admirablement l'attitude respective de chaque parti vis-à-vis le souverain : « Les deux partis, dit-il, reconnaissent l'autorité du roi ; l'un la restreint aux limites fixées par les lois de l'État, l'autre veut l'absolutisme dans l'État et dans l'Église ».

Deux événements extérieurs ont beaucoup influé sur les destinées de ces deux partis et ont largement contribué à leur orientation. Ces événements sont la résolution américaine, en 1775, et la révolution française, en 1789.

Les tories n'avaient jamais eu beaucoup de sympathies pour les coloniaux. Aux premiers signes de révolte en Amérique, leur politique fut celle de la répression à outrance, par tous les moyens et à n'importe quel prix. Les whigs, eux, voulaient une réconciliation avec la colonie d'outre-mer. Ils trouvaient que les révoltés défendaient une cause juste et ils proclamaient, devant le Parlement, le droit de tout citoyen britannique de n'être taxé que par ses représentants : « No taxation without representation ». Rien n'y fit, le gouvernement était résolu et ne voulait rien entendre. Alors Joseph Fox, avec tout son parti, sortit du Parlement pour ne pas partager la responsabilité d'une mesure destinée à faire verser le sang injustement.

La politique de Fox eût conservé à l'Angleterre toute l'Amérique du Nord. C'est l'entêtement aveugle du gouvernement anglais qui a hissé le drapeau étoilé. C'est le toryisme étroit qui a été le véritable fondateur de la république américaine.

La lutte de la colonie pour sa liberté, les chevaleresques chevauchées de Washington, de Lafayette et de Rochambeau, la déclaration de l'indépendance et l'avènement de la nouvelle république au delà des mers eurent une répercussion sur l'opinion publique et sur les partis politiques en Angleterre. Le germe de l'idée démocratique avait fait son apparition. On le verra plus tard se développer et prendre une place prépondérante dans la lutte des partis. Déjà chez les whigs, tout un groupe arbore le nom de « parti démocratique ».

La révolution française eut un effet encore beaucoup plus considérable sur les partis anglais. L'effroyable tuerie qui avait bouleversé toute la France avait profondément affecté l'Europe entière. Le vent de la révolution avait apporté jusqu'au delà de la Manche les idées et les doctrines nouvelles. Mais en Angleterre, on avait peur de ces idées et de ces doctrines ; elles avaient fait verser tant de sang.

Les tories considéraient que le mot « démocratie » contenait une menace et un danger pour l'État. Pour eux, un démocrate, c'était un jacobin. Les whigs proprement dits demandaient discrètement de plus grandes libertés pour le peuple mais ne voulaient pas verser dans les principes et les doctrines de la nouvelle démocratie. Le groupe des démocrates, d'autre part, leur fait ouvertement un chaleureux accueil, demande tout de suite des réformes parlementaires et fonde la « Société des amis du peuple ».

Devant cette attitude du groupe des démocrates, le parti whig, presque en bloc, se rallie au gouvernement tory de William Pitt. Toutes les classes de la société affolées se rangent du côté de la coalition. Le gouvernement s'affuble lui-même des noms de « gouvernement national », de « parti du salut national ». Tous ceux qui ne suivent pas la coalition sont des suspects, tous ceux qui lui opposent quelque résistance sont des traîtres. On entoure tout dans le drapeau et on use la corde patriotique. Dans l'opposition, il ne reste qu'une soixantaine de représentants, au nombre desquels, cependant, se trouvent les hommes les plus brillants de l'ancien parti whig : Fox, Sheridan, Erskine, Grey, Whitbread, Coke, Lambton, Tierney et les deux lords Russell.

Le gouvernement de coalition, sous William Pitt, est le plus puissant que l'Angleterre ait jamais eu. Mais le colosse avait des pieds d'argile. Son régime d'arbitraire a été de courte durée. Il s'est écroulé sous son propre poids. Pourtant Pitt n'avait rien négligé pour garder le pouvoir. La presse avait été muselée, les publicistes jetés en prison et la liberté de parole bâillonnée. Pendant ce temps, le gouvernement consacrait toutes les ressources de l'État au dieu de la guerre.

Tout à coup, l'échafaudage commença à crouler. Pitt mourut, le patronage devint impuissant à assouvir les appétits, les contrats de guerre firent place aux taxes de guerre, la peur exagérée des idées démocratiques se dissipa, les whigs se réunirent de nouveau aux démocrates qu'ils avaient abandonnés. La coalition avait vécu, le gouvernement était renversé et les tories avaient perdu pour longtemps la confiance du peuple.

Après cette période mouvementée on voit les whigs accomplir des œuvres remarquables telles que les réformes parlementaires et l'abolition de l'esclavage.

LES CONSERVATEURS ET LES LIBERAUX

Vers 1830, les partis politiques changent de noms. Les principes du parti tory étaient devenus impopulaires. On s'appliqua donc à les remodeler et à les remettre à la mode du jour. On changea jusqu'à l'enseigne. Le parti tory devint le parti conservateur. Chez les whigs on sentait aussi le besoin de changer de peau. Il y avait des éléments divers dans le parti whig ; les véritables whigs n'en formaient plus qu'une aile. Le nom de libéral fut jugé plus convenable et plus approprié. Le nouveau parti libéral comprendra les whigs, les radicaux, les démocrates, les Irlandais avec Daniel O'Connell et les chartistes.

Nous sommes arrivés à l'époque où vont naître au Canada les premiers partis politiques. Nous allons donc laisser les partis anglais poursuivre leur lutte. Ils vont la transporter sur le terrain de la politique fiscale. Ce sera le triomphe du libre-échange prêché par Richard Cobden. Puis ce sera une suite d'alliance et de coalitions, où souvent l'identité des partis se perd, et qui aboutira à la formation du soi-disant parti unioniste.

Quand la situation deviendra précaire pour un groupe ou un parti ou un gouvernement, on essaiera toujours de se maintenir en laissant entrevoir ou en promettant le Home Rule à l'Irlande, la sœur Anne de la politique anglaise qui attend toujours mais ne voit jamais rien venir.

L'Angleterre a été le pays du transformisme politique. Pitt était d'abord un whig ; il devint le grand chef des tories. Fox débuta dans la politique comme tory ; il devint le chef des whigs. Ne nous étonnons donc pas si un jour un radical-socialiste devient tout naturellement le dictateur de l'Empire.

LES PARTIS AU CANADA

Dans notre pays, on s'est toujours évertué à copier de près les partis politiques anglais. Bien souvent, on n'a pas tenu compte du fait que les problèmes de la Grande-Bretagne ne sont pas du tout les problèmes du Canada. C'est pourquoi il arrive que, quelquefois, nos partis politiques ressemblent à de petits bonshommes qui, aux dépens du bon sens et de l'esthétique, portent prétentieusement les pantalons de leurs papas.

Les partis politiques, dans notre pays, ont commencé à exister sous l'Union. Avant 1840, il n'y avait pas de partis. D'abord pendant la période qui s'est écoulée depuis la Conquête jusqu'à l'Acte constitutionnel de 1791, il n'y avait pas de parlement et, sous le régime de l'acte constitutionnel, il n'y avait pas de gouvernement responsable.

Lors du premier parlement sous l'Union, nous trouvons tous les Canadiens français faisant bloc autour de Louis-Hippolyte La Fontaine. Robert Baldwin était alors membre du cabinet. A la suite d'une sérieuse divergence d'opinion avec ses collègues sur une question de principe, à savoir, l'indépendance du ministère vis-à-vis le gouverneur, Baldwin offrit sa démission comme ministre et avec son groupe se joignit à La Fontaine et aux Canadiens français.

Le Canada aura désormais ses partis politiques : les libéraux et les tories. Tous les Canadiens français sont du parti libéral. Il n'y a pas de ligne de démarcation bien définie entre les deux groupes. Les libéraux favorisent le rétablissement de la langue française comme langue officielle au Parlement tandis que les tories s'y opposent de toutes leurs forces. Les libéraux consentent à indemniser sans distinctions ceux qui ont souffert des dommages matériels au cours des insurrections de 1837. Les tories les appellent des déloyaux et des traîtres. Le rétablissement de la langue française comme langue officielle en 1848 fut le grand succès de La Fontaine et de ses alliés.

En 1849, il se produisit une division chez les libéraux canadiens-français. Un groupe, à la tête duquel se trouvent Louis-Joseph Papineau et les deux Dorion (Antoine-Aimé et Jean-Baptiste-Eric), fonde le parti démocratique ou radical. Ils ont un journal : L'Avenir. Leurs idées sont très avancées et empreintes de radicalisme. Leur programme est plutôt révolutionnaire. On les appelle les « rouges ». Les « bleus » sont les libéraux qui ne veulent pas verser dans le mouvement de 1849.

A la même époque on voit apparaître dans le Haut-Canada les « Grits » et les « Reformers ».

En 1854, nous assistons à la fondation du parti libéral-conservateur. Ce parti repose sur une alliance entre les tories du Haut-Canada et les libéraux du Bas-Canada qui portaient le nom de « Bleus ». Pour les besoins de la politique, les tories, comme leurs parrains d'Angleterre, jugèrent à propos de remiser leur nom. George-Etienne Cartier, un des apôtres les plus dévoués de la nouvelle alliance, disait, en parlant d'eux, dans un discours programme : « Ils ont mis de l'eau dans leur vin. »

Le parti libéral-conservateur aura pour adversaire le parti libéral qui a absorbé tous ceux qui se sont dérobés à l'alliance de 1854 et qui a attiré à lui les Grits et les Reformers du Haut-Canada. Pendant longtemps, le parti libéral aura à souffrir politiquement des faits et gestes de l'école rouge de 1849. On n'a qu'à lire le discours prononcé en 1877 par Wilfrid Laurier sur le libéralisme pour s'en rendre compte. Ce discours n'est pas un programme politique, comme plusieurs l'ont souvent prétendu ; c'est une défense du parti libéral, qui, à cette époque, était accusé de contenir des germes d'anticléricalisme. Une grande partie de ce discours sert à excommunier politiquement l'école de Dorion et de Papineau, à condamner la révolution et le libéralisme français et à présenter, comme le prototype du libéralisme canadien, le libéralisme anglais de l'époque de Burke et de Fox.

Maintenant, au point de vue de leurs principes et de leurs programmes respectifs, quelle a été la différence essentielle entre les deux partis politiques canadiens depuis 1854 jusqu'à nos jours?

Je recommande cette question à ceux qui font habituellement dans les charades, les devinettes et les jeux de patience. Personne n'a encore pu réussir à donner une réponse satisfaisante.

Le mouvement de l'opinion publique et l'orientation des partis politiques au Canada en ces dernières années constituent une phase très intéressante de notre histoire politique. Il serait difficile d'en parler ici ; seulement sans sortir du cadre académique de ce travail, il me sera peut-être permis d'ajouter que l'on constate heureusement que les partis politiques, quels qu'ils soient, semblent exercer moins d'influence et avoir moins d'emprise sur la génération qui, demain, sera appelée à faire et à défaire les gouvernements de ce pays.

Voilà, en résumé, non pas l'histoire mais le tableau généalogique des partis politiques tant en Angleterre qu'au Canada.

LE RÔLE DU PARTI POLITIQUE

Les partis politiques ne sont pas reconnus par la constitution ni par aucune loi organique. Donc, théoriquement parlant, ils ne constituent pas une partie essentielle du rouage parlementaire ou administratif. Les partis pourraient disparaître demain sans qu'il soit nécessaire de changer un iota dans notre constitution ou dans nos lois. Le parti politique est une institution consacrée par la tradition seulement, mais cela ne diminue pas son importance. Ses racines sont profondément implantées jusque dans les couches profondes de notre vie politique et économique et il est devenu virtuellement inséparable de notre système de gouvernement.

Si on veut se former un jugement impartial sur le rôle du parti politique, il faut le juger à sa valeur intrinsèque et sans égard aux groupes de bandits qui, à certaines époques, réussissent à s'en emparer dans le but d'atteindre des fins abjectes. D'un autre côté, il faut tenir compte aussi du fait que bien souvent c'est le parti politique qui a permis aux indésirables de s'emparer du pouvoir ou des postes de confiance.

Il est incontestable que les partis, en Angleterre surtout, ont accompli de grandes réformes ; mais il est malheureusement trop vrai qu'ils ont aussi contribué à l'abaissement du sens moral et de l'esprit public chez le peuple.

Tout de même, les partis offrent certains avantages. Essayons de les énumérer. D'abord ils contribuent au maintien d'un certain équilibre dans le Parlement. Ils apportent un facteur de stabilité qui n'existerait pas si le gouvernement du pays était susceptible d'être renversé à chaque instant par l'action intempestive d'un groupement inattendu. Ils permettent une opposition organisée dont la vigilance est salutaire à toute administration.

De plus les partis politiques servent de tampon entre les mécontentements populaires et l'autorité constituée. Quand le peuple, à tort ou à raison, sent qu'il a des griefs, ou lorsqu'il traverse des temps de crise ou de malaise général, il éprouve un curieux besoin de renverser ses maîtres. Dans un pays monarchique, ce sentiment, poussé à l'extrême, aboutit inévitablement à la révolution. Sous le régime parlementaire le peuple renverse le gouvernement. C'est le parti politique au pouvoir qui reçoit tous les coups comme étant l'auteur de tous les maux. C'est une soupape de sûreté contre les ébullitions de l'opinion publique.

En revanche, il ne faut pas oublier que les partis politiques ont de nombreux défauts. On peut leur reprocher surtout de faire trop souvent perdre de vue les véritables intérêts du pays. 

Grâce à des propagandes bien organisées et à une exploitation habile des passions populaires, on arrive à créer autour du parti une espèce de religion, une espèce de culte, qui a pour effet de distraire le citoyen de ses devoirs envers la patrie. Les énergies dépensées au profit d'un parti sont généralement accompagnées d'une insouciance correspondante envers l'intérêt national. Les partis, en fanatisant leurs adeptes, en font des adversaires irréductibles, souvent des ennemis, et dans les moments critiques, l'effort commun, si nécessaire au salut de tous, devient impossible.

Tous les partis politiques ont pour port d'attache le pouvoir. Ils y sont, ils en arrivent ou ils essaient de s'y rendre. Ils subordonnent tout à cette fin ; c'est pourquoi les questions vitales et même les causes sacrées deviennent pour les partis politiques des expédients et des moyens. Le parti politique, par l'exercice du patronage et la distribution des faveurs, expose l'homme public à la malhonnêteté et à l'abus de confiance et il abrutit le peuple et le rend vénal.

L’OEUVRE DES PARTIS CHEZ NOUS

Tous les partis politiques, chez nous, se vantent d'avoir édifié le pays. Tous revendiquent pour eux seuls la galerie des gloires nationales. Quand la cause à défendre n'est pas bien populaire ou quand les hommes du jour sont trop petits, on fait de l'histoire, on brosse les vieilles défroques, on évoque les grands morts. Avec de la fanfare, des pièces pyrotechniques, un peu de whisky et beaucoup de promesses, on parvient quelquefois, pour me servir d'une expression de politiciens, « à trouver l'âme du peuple et à lui faire rendre un verdict sage et éclairé ». Quand le peuple revient à ses sens, il se dégoûte. . . et il recommence.

Non, la vérité, c'est que le pays a progressé malgré les partis politiques. Ouvrez les annales [du pays] depuis cinquante ans, au hasard et quel que soit le parti au pouvoir, qu'est-ce que vous constatez ? Le gouvernement construit un chemin de fer, achète un chemin de fer, vend un chemin de fer ou défait un chemin de fer. Il remanie le tarif apparemment pour le bénéfice du consommateur et du prolétaire mais en faisant du genou au manufacturier et des œillades à la haute finance.

Celui qui est ministre des finances accomplit sa besogne en faisant des tours de passe-passe avec le budget. Sa tâche principale consiste à faire oublier les obligations réelles en exhibant des surplus apparents. Il est entendu que tout nouvel impôt est créé pour expier les fautes des prédécesseurs. On pose des pierres angulaires, on prononce des discours, on organise des banquets. On mange beaucoup. On parle davantage. On fait des travaux publics dans les comtés restés fidèles et on donne des contrats aux amis. Les immigrants, les indésirables des autres pays, on les fait passer au salon et on a pour eux beaucoup d'égards. [...] Celui qui repousse la forêt pour y fonder des familles, celui-là, une fois tous les cinq ans, on reconnaît publiquement ses qualités et son courage en échange de son bulletin de vote.

Voilà ce qu'on est convenu d'appeler la politique progressive. Grossir, toujours grossir. Vous voulez que le peuple grandisse, se perfectionne, devienne meilleur, plus tolérant plus éclairé ; vous voulez dans cet agrégat cosmopolite créer l'unité nationale ? Vous vous trompez d'adresse. Je vois les ministres de tous les temps et de tous les régimes se lever les uns après les autres et vous répondre en haussant les épaules : « Ah ! cela ne relève pas de mon département ».  

L'opposition, elle, vit toujours dans la crainte que le gouvernement ne fasse quelque chose de bien. Une erreur, une faute, que dis-je, un crime de la part des gouvernants fait toujours naître un sourire plein d'espoir sur la figure de la loyale opposition de Sa Majesté.

La gauche découvre les scandales, la droite en produit. La défense classique est toujours : « Quand vous étiez au pouvoir, vous étiez pire que nous ».  Quand le public commence à être écœuré ou quand la réputation d'un politicien de renom commence à être un peu usagée, on institue des buanderies officielles et qu'il s'agisse d'un rouge maculé ou d'un bleu éclaboussé, on peut être certain qu'il sortira blanc comme neige ; il n'y a pas une tache qui résiste à la lessive d'une commission d'enquête.

Et voilà une vue d'ensemble de l'œuvre grandiose des partis politiques chez nous.

CONCLUSIONS

Quel est le remède ? Est-ce l'opération chirurgicale ou le tonique ? Est-ce l'abolition des partis politiques ou la régénération de l'opinion publique ? Quant à moi, je suis porté à croire que le second moyen est le plus efficace et le plus pratique.

Si les partis politiques disparaissaient, ils seraient remplacés par autre chose, car enfin, l’opinion publique a besoin d'un moyen de cohésion. Le groupement changerait peut-être de nom et de forme mais les mêmes éléments pernicieux et nuisibles produiraient les mêmes résultats et les mêmes conséquences.

Vouloir abolir les partis politiques serait une tâche herculéenne et peut-être une mesure trop radicale. Les énergies qu'on y dépenserait seraient mieux utilisées à enrayer l'esprit de parti qui a pris la place de l'esprit public. Voilà l'abus. Voilà le mal.

Au fond, les partis et les gouvernements décadents, dilapidateurs, irrespectueux des constitutions, des lois et de la tradition nationale sont presque toujours l'indice d'une opinion publique insouciante, endormie ou corrompue. Les peuples ont les gouvernements qu'ils méritent. Ceux qui ont développé chez eux de l'esprit public, de la vigilance, du caractère, ont eu des gouvernements respectueux de l'ordre et de la justice et des partis politiques prudents, parce qu'ils étaient craintifs. En politique, la crainte de l'électeur est le commencement de la sagesse.

Débarrassons-nous donc du fétichisme et des religions politiques. Remplaçons-les par le culte de l'intérêt national. Dégageons notre politique du matérialisme pesant qui l'oblige à se tenir près de terre et l'empêche de s'élever jusqu'aux sphères supérieures. Rappelons à nos partis politiques et à nos hommes publics que le progrès d'un pays ne consiste pas seulement dans l'augmentation de ses revenus et dans son développement matériel, mais que les nations, comme les individus, sont susceptibles d'avancement intellectuel et moral.

Le vent qui souffle actuellement sur le monde va bouleverser de fond en comble notre vie nationale. Nous sommes déjà en pleine révolution politique. Des anciennes délimitations arbitraires qui séparent les partis, il ne restera bientôt que le souvenir des chicanes stériles qu'elles ont engendrées. De nouveaux problèmes vont surgir. Il faut que nous soyons prêts à prendre position.

Préparons-nous donc. Régénérons l'opinion publique. Travaillons à l'édifice national. [...] Le pays est là qui attend, vaste d'étendue, immense de ressources et de richesses, plein de vigueur, d'espérance et d'avenir. [...] Il demande une nation; nous ne lui avons donné qu'un peuple.

Secouons nos ailes et élevons-nous. Nous sommes déjà en retard.


Tiré de : Paul-Émile Lamarche : Oeuvres – Hommages, Montréal, Bibliothèque de l’Action française, 1919, p. 165-187. 

Le Devoir, 27 septembre 1917, p. 1. 

Le Devoir, 28 septembre 1917. 

Biographie de Paul-Émile Lamarche, encore
disponible aux Presses de l'Université Laval
(pour informations, cliquez ICI). 

Le recueil de textes de Paul-Émile Lamarche qui
contient sa conférence du 27 septembre 1917.